Novarina, cirque austère

L’Animal imaginaire : le nouveau tour de piste métaphysique de l’auteur du Drame de la vie.

Que nous conte Valère Novarina depuis qu’il est apparu sur nos scènes avec son foudroyant Drame de la vie en 1986 ? Que le théâtre n’est pas nécessairement un lieu à dévider des histoires qui ont un début et une fin. Que la scène est le lieu de la parole non pas ciselée, mais brutale, répétée, martelée. Qu’il n’y a pas de différence entre l’animalité et l’humanité, et que la pensée s’appauvrit à se priver de sa vérité corporelle. Que, depuis la création, nous vivons dans une nuit que viennent éclairer les mots, et surtout les listes de mots – noms propres, noms communs, noms de métiers réinventés qui reflètent nos combats pour sortir d’une préhistoire où nous vivons encore. Que notre destinée consiste à « manger du temps » et à saisir autant l’espace et la durée où nous flottons dans un combat infini. Cela donne une œuvre ­cosmogonique et souvent comique, dont le succès n’était pas gagné et qui, peu à peu, a conquis son public.

Le public sait que ce disciple d’Artaud, cet admirateur de Dubuffet a retrouvé le sens cérémonial de la scène (tout en le bousculant avec une grande bouffonnerie). Avec sa nouvelle pièce créée à la Colline, L’Animal imaginaire, le rituel est celui d’un cirque austère qui aimerait la nudité et la géométrie. Le quadrilatère blanc de la scène porte en arrière-plan deux immenses toiles abstraites de Novarina lui-même, posées sur le mur du fond, l’une de biais pour laisser entre les deux châssis un passage et donner l’impression d’un déséquilibre dans un lieu où l’ordre semble revenu après une tempête.

Beaucoup d’autres tableaux de Novarina (et même – surprise – des toiles figuratives) interviendront, mais comme les comédiens : elles seront de passage et disparaîtront. Ainsi qu’une fontaine de sang jaillissant dans un angle pour se tarir au bout de quelques minutes.

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