Un débat fourre-tout et dangereux

Après des semaines de désinformation, le gouvernement a offert à l’Assemblée nationale le spectacle affligeant de sa duplicité, et un mégaphone aux pires surenchères anti-immigrés.

Tout ce ramdam pour ça ? Lundi soir, à l’issue du débat voulu par le gouvernement sur la politique migratoire de la France et de l’Europe, qui aura occupé près de cinq heures durant l’Assemblée nationale, l’utilité de cette discussion sans texte ni vote suscitait encore moult interrogations. Il n’est pas question de nouvelle loi, a confirmé Édouard Philippe avant d’affirmer en conclusion que l’exécutif entendait « utiliser les textes à venir » pour « traduire, mesure par mesure, ces décisions en actes ». Mais quelles décisions ?

En introduction au débat, le Premier ministre s’est contenté d’esquisser « six orientations » visant à durcir la politique migratoire. Orientations que les ministres qui intervenaient à sa suite n’ont guère précisées. Soit qu’ils doutent de leur pertinence. Soit, l’hypothèse a été avancée par Jean-Luc Mélenchon, qu’ils se soient eux-mêmes « effrayés des conséquences de ce [qu’ils avaient] déclenché ».

Car depuis qu’Emmanuel Macron a enjoint à ses troupes de disputer à Marine Le Pen le sujet de l’immigration, que n’a-t-on entendu. Pour les chaînes d’info, qui n’ont pas raté l’occasion d’organiser des débats sur la stratégie du Président, il était temps que ce dernier se saisisse du « problème ». Sur BFMTV, c’est Éric Brunet qui agitait les peurs en évoquant « 400 000 entrés en France », chiffre qu’il tenait de… Brice Hortefeux et montre bien que « la France ne peut pas faire face à cette arrivée massive ». Le même bateleur assurait doctement que « l’aide sociale en France, c’est 20 % de l’aide sociale du monde » (sic), ce qui en fait, évidemment, « le pays le plus généreux du monde ». Même l’inusable Alain Duhamel a poussé le gouvernement à se montrer intraitable : « Ça fait quarante ans que les gouvernements essaient de prendre des décisions dont les effets sont notoirement insuffisants. » Bien des jours avant de retransmettre en direct, sans contradiction, le discours fascisant d’Éric Zemmour à la Convention de la droite, LCI n’avait rien à opposer à Louis de Raguenel, de Valeurs actuelles, quand ce dernier déclarait qu’il était possible de « s’attaquer au problème de l’immigration légale en réduisant les regroupements familiaux et en réduisant les étudiants étrangers ».

Les responsables de la macronie n’ont pas été en reste. Le 10 septembre, Stanislas Guerini ouvrait le bal en confortant le préjugé selon lequel le système serait plus avantageux pour les sans-papiers. Pressé sur CNews de donner des exemples d’abus auxquels se livreraient certaines personnes en situation irrégulière sur notre territoire, bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), le député de Paris et patron de La République en marche (LREM) lâche : « par exemple pour financer des prothèses mammaires. Là, on voit bien qu’on n’est pas en situation d’urgence ». La pseudo-info démentie le lendemain par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, venait semble-t-il d’une source gouvernementale et tournait déjà comme un élément de langage. On la retrouvait le même jour dans Les Échos, et elle était reprise par plusieurs députés, notamment l’élue MoDem de Loire-Atlantique Sarah El Haïry.

Il reste 61% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents