« Gloria Mundi », de Robert Guédiguian : Une ère glaciaire
Dans _Gloria Mundi_, Robert Guédiguian met en scène les conséquences de l’assimilation par les classes populaires de la logique néolibérale. Une œuvre puissante et somptueuse.
dans l’hebdo N° 1578 Acheter ce numéro

Il fait sacrément froid dans le nouveau film de Robert Guédiguian, et pas seulement parce qu’il se déroule au mois de décembre. Gloria Mundi est une tragédie renouant avec les films les plus noirs du cinéaste, tel La Ville est tranquille (2000). Mais, il y a vingt ans, ses personnages n’étaient pas encore contaminés par le discours néolibéral ambiant. Désormais, le peuple que montre Guédiguian s’est noyé « dans les eaux glacées du calcul égoïste », selon la formule de Marx et Engels dans Le Manifeste du parti communiste, un des livres de chevet du réalisateur. Aurait-on pu imaginer qu’un jour une mère de famille, Sylvie, incarnée par Ariane Ascaride – récompensée pour ce rôle par le prix d’interprétation à la Mostra de Venise –, appellerait à ne pas faire grève et lancerait à un délégué syndical, noir de peau, que ceux qui le