Le blanchiment de Le Pen

En plein procès de son parti, où il est question de détournement d’argent public, la présidente du RN enfourche un nouveau cheval de bataille : la fraude aux prestations sociales. Avec des chiffres délirants.

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Marine Le Pen ne manque pas de culot. Jeudi 14 novembre, la présidente du Front, pardon… Rassemblement national annonçait lors d’une conférence de presse bien médiatisée son nouveau cheval de bataille : la fraude aux prestations sociales. Elle rebondissait ainsi, avec beaucoup de retard, sur un rapport rendu public en septembre par la sénatrice UDI Nathalie Goulet et la députée LREM Carole Grandjean, qui avaient conclu à « l’impossibilité matérielle » du chiffrage de cette fraude. Mais avec la rhétorique complotiste qui fait son fonds de commerce, la cheffe de file de l’extrême droite suspecte « une volonté de camoufler en réalité l’importance, l’ampleur et accessoirement le montant de la fraude en question ». Elle annonce qu’elle y consacrera un livre blanc au début du printemps. C’est-à-dire à la Saint-Glinglin d’un calendrier politique.

Ce 14 novembre, elle n’en conclut déjà pas moins, avec aplomb, que cette fraude « est multiforme, multisectorielle, et porte sur des dizaines et peut-être des centaines de milliards d’argent public » (sic). Ce chiffrage à la louche, rapporté aux 450 milliards d’euros de prestations sociales versées annuellement, est délirant. Qu’importe. Mme Le Pen n’a que faire de la véracité des chiffres qu’elle avance. Son propos, sa com’ devrait-on dire, est d’une autre nature. Il s’agit pour elle de se poser en rempart contre « un cancer qui […] corrode l’esprit civique » et conduit à une « rupture du pacte social ». Bref de laver plus blanc que blanc sur le terrain de la corruption de l’esprit civique.

Et pourquoi donc maintenant, vous demandez-vous ? Parce que depuis le 6 novembre et jusqu’au 29, se tient le procès de son parti et du financement de ses campagnes électorales devant le tribunal correctionnel de Paris. Sept protagonistes – dont le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, et l’eurodéputé Jean-François Jalkh – ainsi que trois personnes morales – le FN, dont elle était déjà la présidente, la société de communication Riwal et le micro-parti Jeanne – y sont jugés à divers niveaux dans des accusations d’escroqueries, d’abus de biens sociaux, de recels ou blanchiments, autour des législatives et de la présidentielle de 2012, des municipales et européennes de 2014 et des régionales de 2015. Il y est question de détournement d’argent public. Mais heureusement pour Marine Le Pen et ses proches, les micros et les caméras qui se tendent pour recueillir leur discours ont la délicatesse de ne pas évoquer cet accident judiciaire. Cela entacherait l’image vertueuse que veut donner d’elle l’adversaire qu’Emmanuel Macron s’est choisie.


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