Radio France au régime sec

Avec 60 millions d’euros d’économies prévues, Sibyle Veil a devancé les attentes de son ministère de tutelle.

Jean-Claude Renard  • 18 novembre 2019
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Radio France au régime sec
© Sibyle Veil lors de la conférence de presse de rentrée pour la saison 2019-2020 de Radio France, le 27 août dernier.Martin BUREAU / AFP

C’était annoncé avant l’été. Présidente de Radio France, Sibyle Veil a affiné les derniers travaux de son plan de mesures pour faire face aux à la baisse des dotations de l’État de 20 millions d’euros. S’y ajoutent 15 millions d’euros à investir dans le numérique, 20 millions d’euros liés aux charges de personnels et 5 millions dans le déploiement de la radio numérique terrestre. Soit la bagatelle de 60 millions d’euros d’économies. Comme prévu, chargeant la note, Sibyle Veil a devancé les attentes de son ministère de tutelle. La première mouture pointait la suppression de 390 postes sur l’ensemble du groupe d’ici 2022, déclenchant une grève massive sur les antennes le 18 juin dernier. Le projet, prononcé lors d’un Comité social et économique (CSE) prévoit maintenant la suppression de 299 postes et la création de 76 autres (principalement tournés vers le numérique). Plus exactement, ce sont 236 postes ouverts aux départs volontaires. Dans le viseur, les chanteurs du Choeur de Radio France, des techniciens et journalistes. 299 postes en départs volontaires, sur un ensemble de plus de 4500 personnes, et réparties sur les 7 stations du groupe (Franceinfo, France Inter, France Culture, France Musique, Mouv’, France Bleu et FIP) : la décision paraîtrait presque dérisoire, mais elle reste savamment calculée. A l’évidence, la présidente du groupe cherche à éviter de nouveaux mouvements de grèves. Le syndicat Sud Radio France a déjà déploré « la dégradation de la qualité du service public ». Et s’interroge : « La recherche de ressources propres marque t-elle le début de la dissolution des missions de Radio France ? » Pour Lionel Thompson, représentant syndical SNJ-CGT, « les salariés oscillent entre fatalisme et colère. Un préavis de grève est en discussion. La date et la nature, reconductible ou non, ne sont pas encore arrêtés ».

On peut y voir également une affaire de timing. Si les économies doivent être réalisées d’ici 2022, cette date correspond à la mise en place de la future holding, cette fameuse BBC à la française, regroupant France Télé et Radio France, avec sa non moins fameuse « mutualisation des moyens » imposée par le ministère. Et de nouvelles mesures « d’économies ». Une radio publique absorbée par la télévision ? Plusieurs réunions avec les syndicats sont à prévoir, les 25 et 26 novembre. Une curiosité, ou une absurdité quand même : ce plan d’économies intervient au moment où le groupe public ne s’est jamais aussi bien porté, avec des audiences en hausse sur toutes les stations.

Ce mercredi 20 novembre, la CGT Radio France a lancé un appel à une grève reconductible pour une durée indéterminée, au moment même où doivent commencer les consultations avec les syndicats, le 25 novembre. Le syndicat demande « le maintien des dotations de l’État ; la suppression du plan stratégique qui porte sur le départ de 299 salariés ; l’abandon des projets de recul du cadre social qui toucheraient l’ensemble des salariés de Radio France (organisation du temps de travail, congés, CET)… ».

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