La Russie privatise les mers arctiques pour y chercher du pétrole

Une décision de ses parlementaires russes qui veulent ignorer les risques de marée noire dans des mers froides.

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Dans son édition du 17 décembre un journal norvégien en ligne, The Barents Observer, révèle que la Russie est en train de développer ses recherches et ses forages pétroliers dans les mers situées au nord de la Sibérie. Ce journal, publié en anglais et en russe depuis 2002 est considéré comme le meilleur observateur de ce qui se passe en matière d’environnement et d’écologie chez son grand voisin. Au point qu’il provoque souvent de véhémentes protestions de la part des autorités russes et qu’à plusieurs reprises le FSB (issu du célèbre KGB), a demandé à la Norvège de l’interdire de parution, notamment lorsqu’il a révélé la mise à en marche la première centrale nucléaire flottante du monde. Ce qui a été ignoré par le gouvernement norvégien qui a expliqué que cette publication indépendante à but non lucratif était libre et ne dépendait pas des autorités norvégiennes.

Dans sa dernière édition, le Barents Observer, explique donc que depuis le mois d’octobre le ministère des Ressources naturelles de Moscou, appuyé sur une nouvelle législation adoptée récemment par la Douma (chambre des députés), délivrait de nouvelles autorisations de forage et d’exploitation pétrolière dans la partie des océans arctiques laissée libre de glace et de banquise par le réchauffement climatique. Qu’il s’agisse des espaces maritimes situés dans ses zones territoriales ou dans les mers relevant du droit international et désormais accessibles. Une décision confirmée il y a quelques jours par le ministre Evgueni Tanin, expliquant pour se justifier que « tous ces espaces étaient géologiquement très riches en promesses d’hydrocarbures ».

Des millions de tonnes de pétrole

Les réserves de cette région qui va de Mourmansk au Kamchatka se monteraient pour l’instant, d’après la Russie, à au moins 500 000 tonnes de pétrole et à 13 milliards de mètres cubes de gaz puisque la zone désormais accessible aux compagnies pétrolières russes couvre tous les espaces qui sont désormais libres de glace une bonne partie de l’année. Alors que le changement climatique observé au cours de l’année 2019 par les satellites d ‘observation n’a jamais laissé libre une telle surface des mers arctiques depuis 41 ans de surveillance. Tout simplement parce que le réchauffement y approche désormais les 3°, ce qui est largement supérieur à la moyenne de la planète. Dans la mer de Kara, où les recherches ont commencé, le réchauffement atteint même 4,77°C depuis une vingtaine d’années.

Les permis d’explorer et d’extraire couvrent pour l’instant 6 400 kilomètres carrés qui seront peu à peu étendus, avec un espoir de 80 millions de tonnes de pétrole brut. Avec au moins deux craintes exprimées par les spécialistes de cette vaste région. D’abord que le Russie « privatise » de fait le passage maritime du Nord-Ouest allant du Cap–Nord au Détroit de Béring. Ensuite existe le risque de marée noire qu’il serait quasiment impossible de juguler dans une région difficilement accessible, comme l’ont déjà montré les accidents et fuites qui se sont produites en Sibérie. Des espaces peu accessibles à la presse, voire interdits comme dans l’affaire des effondrements de la Toundra révélant d’énormes trous émettant du méthane, un gaz encore plus dangereux pour le climat que le gaz carbonique.


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