Merci Macron !

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd’hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde !

André Rebelo  et  Matthieu Ponchel  et  Climat Social  et  Pépita Car  • 6 décembre 2019
Partager :
Merci Macron !
© Photo : Zakaria ABDELKAFI / AFP

Donald Trump était président des États-Unis depuis seulement un an quand Mekasi Camp Horinek, de la nation indigène Ponca, tenait à lui rendre hommage. « Je voudrais remercier le Président pour toutes les mauvaises décisions qu’il prend, pour toutes les nominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu’il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu’ici ne s’étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s’étaient jamais fait entendre, s’indignent aujourd’hui. Je voudrais remercier le Président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis. »

Et nous aussi, à notre manière, nous voulons remercier notre Président. À force d’aller « vite et fort », notre Prince a réussi l’exploit de son homologue états-unien, celui de nous unir contre lui.

Alors merci, Monsieur le Président, d’avoir engagé dès votre élection une stratégie du choc (1). Comme le conseillait Machiavel en son temps, « les cruautés doivent être commises toutes à la fois, pour que leur amertume se faisant moins sentir, elles irritent moins ». Vous avez entrepris de casser le service public en même temps que notre liberté d’expression, vous avez misé sur les plus privilégié·e·s en même temps qu’oublié le plus grand nombre, vous avez brisé le dialogue social en même temps que réprimé toutes les personnes qui s’élevaient contre vos décisions.

Merci d’avoir si tôt et si mal représenté notre pays, en nommant notamment des millionnaires à un ministère sur deux dès votre prise de fonction.

Merci de si souvent mépriser avec arrogance les souffrances de vos concitoyen·ne·s. À vos yeux, nous ne sommes que des « Gaulois réfractaires », des « fainéants », des « cyniques », une « foule haineuse » ou des « illettrés », bref, des « gens qui ne sont rien ». Quand vous n’exprimez pas votre dégoût du pauvre, vous désignez des boucs émissaires faciles : les migrant·e·s, contre lesquels vous votez lois sur lois, les musulman·e·s, que vous montrez du doigt en appelant, comme aurait pu le faire un politicien d’extrême droite, à bâtir une société de vigilance contre l’hydre islamiste ; les femmes, à qui vous présentez des mesurettes alors que les associations vous réclament un milliard d’euros.

Merci de bafouer si violemment la démocratie en réprimant les manifestations et en limitant la contestation dans les rues. En même temps, quand on ne peut plus gouverner par le consentement, il ne reste que la force.

Merci de tant donner aux riches tout en prenant aux pauvres, après avoir supprimé l’ISF, vous réduisez de 5 euros les APL. Et du recul de l’âge de la retraite au durcissement des allocations chômage et à la libéralisation du travail de nuit, votre politique du ruissellement n’aura eu d’effet que sur Bernard Arnault, dont la fortune a dépassé lundi les 100 milliards d’euros. En même temps, facile de rester très riche quand rien n’est fait contre l’évasion fiscale.

Merci de ne même pas vous fatiguer à trouver des arguments économiques cohérents pour justifier la privatisation de deux mannes financières publiques que sont la Française des jeux et Aéroports de Paris. Un cadeau de plus à ceux qui ont déjà tout.

Merci de pousser nos services publics à l’agonie. L’hôpital, dont nos santés dépendent tombe en lambeaux. Les rails, que nos quotidiens (et notre planète) réclament, et la Poste, que nos relations sociales défendent, vous les vendez. Lorsque les étudiant·e·s ou les professeur·e·s se suicident, vous les abandonnez. Lorsque les agriculteur·rice·s se suicident, c’est une banalité…

Enfin, merci à vous, « champion de la terre », de ne pas avoir changé sur l’écologie et de continuer d’octroyer des permis d’exploitation à Total en Guyane, notre territoire amazonien. En même temps, vous faites ratifier le CETA et prolongez cette tendance mondiale à la suprématie des marchés sur nos santés, notre environnement, nos vies et nos décisions publiques.

Nous voulions vous remercier pour votre cynisme, cette technique que vous usez à dire quelque chose et faire son contraire. Le problème c’est que plus c’est gros, plus ça ne passe plus. Nous voulions vous remercier pour votre déconnexion totale avec l’immense majorité de celles et ceux qui constituent ce pays. Nous voulions vous remercier pour la violence de vos mots, l’indécence de vos réformes et la brutalité avec laquelle vous nous imposez votre vision mortifère du monde.

Vous avez réveillé « le géant endormi ». Celles et ceux qui n’existaient même pas se sont soulevé·e·s. Celles et ceux qui se croyaient seul·e·s et isolé·e·s ont trouvé d’autres compagnons d’infortune. Nous sommes désormais des milliers de « sans-dents », des millions « qui ne sont rien ». Grâce à l’extrême violence de vos « chocs », tout le monde a pris conscience d’une idée forte et mobilisatrice : il ne suffit plus de dire non (1).

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd’hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde ! Un monde solidaire, émancipateur et démocratique. Un monde que nous sommes en train de construire ensemble, sans vous. Cheminots, personnels hospitaliers, gilets jaunes, aide-soignant·e·s, enseignant·e·s, chercheur·se·s, artistes, retraité·e·s, futur·e·s retraité·e·s, étudiant·e·s, ancien·ne·s étudiant·e·s, zadistes, agriculteur·rice·s, nous exigeons un monde juste, digne, respirable et solidaire. Nous réfutons le vôtre et ferons cause commune pour dessiner le nôtre. Merci, Monsieur Macron, de nous avoir mis debout et unifiés. Nous sommes nombreux·ses et vous êtes si peu. Le 5 décembre n’est qu’un avant-goût de cette reconquête populaire que nous sommes en train de faire émerger.

(1) Lire La stratégie du choc et Dire Non Ne Suffit Plus de Naomi Klein, éditions Actes Sud

Publié dans
Tribunes

Des contributions pour alimenter le débat, au sein de la gauche ou plus largement, et pour donner de l’écho à des mobilisations. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.

Temps de lecture : 5 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Et si le mouvement lycéen faisait gagner la gauche en 2027 ?
Tribune • 9 octobre 2026

Et si le mouvement lycéen faisait gagner la gauche en 2027 ?

Parti des quartiers populaires, le mouvement lycéen bouscule les codes de la contestation et ravive l’espoir d’une recomposition politique à gauche. Et si cette jeunesse autonome et créative pesait sur les prochaines élections ?
Par Abdel Yassine et Ulysse Rabaté
« La France doit garantir la liberté de circulation de Gustavo Petro, ancien président de Colombie »
Tribune • 7 octobre 2026

« La France doit garantir la liberté de circulation de Gustavo Petro, ancien président de Colombie »

L’ex-chef d’État s’est vu refuser, du fait de son placement sur la « liste Clinton », d’acheter des billets d’avion pour venir en France.De nombreuses personnalités politiques de gauche demandent au gouvernement français d’intervenir.
Par Collectif
Contre la trahison permanente de l’héritage de Gisèle Halimi
Tribune • 5 octobre 2026

Contre la trahison permanente de l’héritage de Gisèle Halimi

Charlotte Gainsbourg incarne l’avocate dans L’Affaire Marie-Claire, sur le procès de Bobigny. Pour l’association Choisir la cause des femmes, cofondée par Gisèle Halimi, le choix de l’actrice, soutien de l’État d’Israël, revient à séparer Gisèle Halimi de son combat pour la Palestine, cause centrale dans sa vie.
Par Ana Cuesta
« Pour que travailler, vivre et s’intégrer ne devienne pas un piège »
Tribune • 2 octobre 2026

« Pour que travailler, vivre et s’intégrer ne devienne pas un piège »

Dans une lettre ouverte, les collectifs mobilisés dans le Briançonnais en soutien aux personnes exilées dénoncent l’arrestation de 6 personnes étrangères sur leur lieu de travail, le 16 septembre dernier.
Par Collectif