Dans la tête de Solidaires

L’union syndicale nous a ouvert ses portes pour vivre deux journées cruciales du mouvement contre la réforme des retraites.

Jeudi 9 janvier, 36e jour de grève, 10 heures : le siège de Solidaires est presque désert. La vie syndicale quotidienne a été éclipsée par une mobilisation d’ampleur inédite. L’ensemble des militant·es sont sur les piquets de grève ou dans les assemblées générales. Frédéric Bodin, alias Bobo, secrétaire national du syndicat, triture l’oreillette de sa radio, à l’entrée de la salle des conférences. Le « brief » du service d’ordre (SO) touche à sa fin. « On s’attend à une manifestation tendue », annonce un responsable, en distribuant des brassards Solidaires. « Aujourd’hui, au moindre feu de poubelle, les forces de l’ordre balancent une grenade de désencerclement, confirme Frédéric Bodin. Résultat, les gens hésitent à venir manifester parce qu’ils flippent ou parce qu’ils ne peuvent pas venir avec des enfants. »

Que faire si le cortège se retrouve noyé sous la lacrymo ? « On tousse… » se gausse un cadre du SO, prof dans un lycée professionnel. « On fait ce qu’on peut, l’idée étant de tenter de resserrer les rangs pour se protéger, complète Frédéric Bodin_. C’est le principe même du syndicalisme : en groupe, on est plus fort. Mais nous ne sommes que des médiateurs, d’ailleurs on fait en sorte que les militants du SO ne soient pas des professionnels de la sécurité. »_

Le service d’ordre est mis en place par chaque syndicat comme un gage donné à la préfecture de police. Frédéric Bodin y officie depuis le mouvement contre les lois Devaquet, en 1986, quand il était encore lycéen. « Autant dire que j’ai vu les choses évoluer », raconte le militant. À ses débuts, le service d’ordre musclé des grandes organisations était surtout mobilisé pour protéger les leaders syndicaux des attaques de militants fascistes et contre les « gauchistes », qu’ils considéraient comme des ennemis de leur lutte des classes. « Ils en venaient souvent aux mains », se souvient Frédéric Bodin. Les deux camps se sont progressivement apprivoisés et la menace vient désormais de la police. « Le rapport avec elle a changé à partir de 2016 et des lois travail. Elles se confrontent plus directement aux manifestants. Avant, il y avait un respect pour les syndicalistes. Plus maintenant. »

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