Dossier : Grands projets inutiles : Luttes locales, bienfait global

Grands projets inutiles : Luttes locales, bienfait global

Europacity, Lentillères, Notre-Dame-des-Landes… Fini l’époque où les projets d’aménagement écrasaient toute opposition. Par le débat et des actions concrètes, des collectifs citoyens réussissent à convaincre population et personnel politique que des alternatives plus vertes sont possibles et souhaitables.

L’écoquartier ne se fera pas. Ce vœu défendu radicalement par la population du Quartier libre des Lentillères est devenu réalité le 25 novembre 2019. Lors du conseil municipal, le maire socialiste, François Rebsamen, a présenté son plan d’urbanisme pour le Grand Dijon et a déclaré : « Je vais interdire l’urbanisation de cette partie des Lentillères. Mais je vais aussi demander l’évacuation de tous ceux qui occupent de manière illégale ce terrain. » La menace donne un goût amer à la victoire mais n’effraie pas les femmes et les hommes des Lentillères. Depuis plus de dix ans, ces douze hectares des dernières terres maraîchères de la capitale bourguignonne sont devenus un espace d’expérimentations agricoles, économiques, démocratiques par la volonté d’habitant·es opposé·es au projet de l’Écocité des maraîchers et ses 1 500 logements, 15 000 mètres carrés de bureaux et de commerces.

« Au départ, l’occupation ne concernait qu’un vingtième de la superficie totale du lieu et se concentrait autour du potager. De plus en plus de jardiniers amateurs sont venus, puis des personnes du monde associatif, culturel, et même des écoles. Notre quartier autogéré est ouvert sur le reste de la ville, raconte Morgan, habitant des Lentillères. Massifier les soutiens locaux nous a permis de construire et de pérenniser un rapport de force jusqu’à l’abandon du projet. » L’intensification de la prise de conscience des enjeux climatiques ainsi que le contexte de campagne des municipales – avec une liste EELV indépendante des socialistes de Rebsamen – ont dû compter dans cette décision. Aux Lentillères, s’enchaînent les assemblées générales et discussions en interne pour appréhender l’après-victoire. Le maire a annoncé la mise en place d’un registre pour les personnes souhaitant développer une activité maraîchère uniquement. Les habitant·es ne sont pas contre la régularisation, mais refusent le morcellement de leurs projets, qui détruirait la richesse édifiée année après année, et entament la phase 2 de la résistance.

« Lorsque se combinent la perturbation des attachements au territoire, les connaissances acquises et les dynamiques sociales engendrées, cela crée une politisation du mouvement. Les gens font des propositions de projets alternatifs, des propositions démocratiques, et élargissent leur combat à une thématique plus générale pour proposer une vision sur le long terme de leur territoire », décrypte Léa Sébastien, maîtresse de conférences en géographie à l’université Toulouse-II et membre du collectif Des plumes dans le goudron (1). C’est ce qu’elle nomme la « résistance éclairée », qui permet à chaque sentiment de se transformer en un capital social, savant, patrimonial et politique.

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