Le PS se raccroche aux branches

Le Parti socialiste peut sauver des plumes au scrutin de mars. Mais, localement, les stratégies sont parfois ambiguës.

Agathe Mercante  • 29 janvier 2020 abonné·es
Le PS se raccroche aux branches
© Olivier Klein, maire PS sortant de Clichy-sous-Bois, est soutenu par LREM.STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP

Dire que le Parti socialiste n’a pas, ces dernières années, été particulièrement en veine relève de l’euphémisme. Les élections présidentielle et législatives perdues, la vente du siège historique rue de Solférino et leur infime score aux élections européennes en attestent. Mais, comme un joueur malchanceux au casino, le PS mise sur les municipales pour se refaire. « C’est un scrutin où les formations traditionnelles peuvent sortir leur épingle du jeu », estime Mathieu Monot, premier fédéral de Seine-Saint-Denis et candidat sur la liste du maire socialiste de Pantin, Bertrand Kern. « Nous sommes raisonnablement optimistes », confirme Pierre Jouvet, président de la commission électorale du parti.

La « prime au sortant », le manque d’ancrage local pour les formations récentes et la désastreuse stratégie de La République en marche (lire pages précédentes) sont autant de raisons pour les socialistes d’espérer des victoires. Le parti tient encore 225 villes de plus de 10 000 habitants, et 10 de plus de 100 000. Selon les sondages, il a de bonnes chances de garder certaines places fortes : Lille, Nantes, Rennes, Paris… Dans la capitale, Anne Hidalgo mène d’ailleurs sa campagne sans être inquiétée : elle est alliée aux communistes dès le premier tour et il y a fort à parier que le candidat d’Europe Écologie-Les Verts, David Belliard, la rejoigne au second. Presque une promenade de santé, donc. Mais, dans d’autres villes, la stratégie des socialistes est floue et les alliances sont plus hasardeuses.

La résolution adoptée le 22 juin 2019 par le conseil national était pourtant claire : le PS « travaillera partout en France à la constitution de listes d’union et de rassemblement le plus large possible de toute la gauche et des écologistes. Aucun accord, en dehors de ceux conclus avec ces formations, ne sera validé par nos instances nationales », pouvait-on lire. Le parti « n’investira ou ne soutiendra aucune tête de liste soutenant la politique libérale du gouvernement », poursuivait le texte. Las ! Les mois ont passé et les discours se sont faits plus sibyllins quand LREM a apporté son soutien à Olivier Klein, maire socialiste sortant de Clichy-sous-Bois – « Je ne vais pas interdire au gouvernement de soutenir nos candidats », plaide Pierre Jouvet – ; ou quand le maire de Dijon, François Rebsamen, a mis quelques candidats se réclamant de LREM sur sa liste – « Je ne peux pas reprocher à un élu d’avoir un ou deux marcheurs sur sa liste » – ; ou encore quand il s’est agi d’accorder l’investiture du PS à Olivier Noblecourt, ex-délégué interministériel du gouvernement d’Édouard Philippe à la lutte contre la pauvreté, pour s’opposer à la coalition portée par Éric Piolle à Grenoble – « Nous avions un bon candidat à présenter »

La tolérance a ses limites, tempère Pierre Jouvet : « Nous demandons à nos têtes de liste d’affirmer qu’elles ne soutiennent pas la politique du gouvernement. » Mais la position reste ambiguë, y compris pour les cadres du parti. « On offre Clichy-sous-Bois à Macron ; en cas de victoire, La République en marche pourra la revendiquer », déplore Mathieu Monot. « Il faut arrêter avec ce jeu sémantique entre investiture et soutien », s’agace un élu, qui rappelle, à l’adresse des candidats socialistes soutenus par LREM : « Un soutien, ça se refuse. » « La peur de perdre fait que la direction nationale ferme les yeux sur certains rapprochements », dénonce un autre.

Mais la peur n’évite pas le danger, et la cuisante défaite de 2017 ne suffit peut-être pas à le rappeler. Affaiblis, les socialistes n’ont aujourd’hui plus les moyens d’aller seuls au combat. Si certains bastions font figure de forteresses imprenables, d’autres ne sont accessibles qu’à condition de changer la couleur (le plus généralement en vert) de la tête de liste. « Plus aucun parti ne peut se dire hégémonique », explique Pierre Jouvet. « Mais ces rassemblements ont besoin d’un PS fort », estime-t-il. Et qui dit PS fort dit résultats satisfaisants aux municipales.

« Si c’est une nouvelle défaite, c’est l’explosion », prédisait dans Les Échos Patrick Kanner, président du groupe socialiste du Sénat. Mais il est difficile, pour les militants comme pour les électeurs, de voir la cohérence entre les prises de position d’Olivier Faure, fervent opposant à la réforme des retraites, et le flirt avec les marcheurs auquel se livrent certains socialistes sur le terrain. De quoi donner raison à Martine Aubry, qui affirmait en 2011 : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. »

Politique
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