Dossier : Reconnaissance faciale : Dans le viseur

Quadrature du Net : « Faire du visage une clé instaure une société du suspect. »

La Quadrature du Net a un point commun avec les chantres de la reconnaissance faciale, c’est la nécessité de légiférer. En revanche, elle souhaite son interdiction pure et simple.

Il y a moins d’un mois, les membres de la Quadrature du Net faisaient figure de loups solitaires dans le débat sur la reconnaissance faciale. L’interdire totalement ? Une position jugée trop « extrémiste » pour les tenants d’une voie « éthique » de cette technologie et pour les industriels. Le 19 décembre, l’association de défense des libertés fondamentales a publié une tribune – signée par 80 organisations – pour une interdiction des usages sécuritaires de cette technologie.

Parmi tous les usages possibles, vous avez choisi de donner la priorité à une interdiction des usages policiers de la reconnaissance faciale. Pourquoi ?

La Quadrature du Net : Cet arsenal technologique donne à la police un pouvoir de sanction complet. Chaque comportement pourrait être sanctionné : c’est l’application constante et permanente du code pénal en France. Aujourd’hui, nos forces de l’ordre ne peuvent pas tout faire, et c’est pourquoi elles doivent se concentrer sur les cas les plus graves : les meurtres ou les attentats. Voulons-nous un œil froid et complet sur nos comportements ? L’humain constitue la première limite au pouvoir policier, la machine permet une démultiplication à l’infini de ce pouvoir. Transformer le visage en clé, en élément d’identification comme un autre, instaure une société du suspect. L’avènement d’une telle société suscite de nombreuses questions auxquelles nous n’avons pas encore les réponses et générera des questions auxquelles nous n’avons jamais pensé.

La reconnaissance faciale se vend comme garante d’une sécurité renforcée, elle-même parfois présentée comme la première des libertés…

Un flou est entretenu autour de la sécurité. Que devons-nous entendre par ce terme ? La bataille sémantique semble perdue de ce point de vue. Les tenants d’un discours sécuritaire ont réussi à imposer leur définition très restrictive de cette notion. Ce serait la lutte contre les incivilités, la délinquance ou contre le terrorisme. Des élus comme Christian Estrosi en font un droit fondamental, la condition même des autres libertés. Mais, dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, seule la sûreté y figure, dans son article 2. C’est la garantie d’être protégé contre l’arbitraire de l’État.

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