Raffineries, port, dépôt pétrolier… la grève se durcit au Havre

Alors que le bras de fer avec le gouvernement continue, les secteurs clés de l’économie intensifient leurs actions. Notamment au Havre, où l’industrie pétrolière et le port espèrent créer une brèche.

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La Compagnie industrielle maritime (CIM), dépôt pétrolier du Havre, compte moins de 300 salariés. Mais son délégué CGT Mathias Jeanne le sait, son entreprise est un poids lourd de la contestation. 40% du pétrole brut arrivant en France y transite : « On sait qu’on est stratégique et on se sert de ça pour essayer de faire tomber la réforme. » Depuis mardi soir, la PME de Seine-Maritime n’expédie plus son pétrole vers les raffineries voisines de Gravenchon et Gonfreville-l’Orcher, ni celle de Grandpuits (Seine-et-Marne). Mais également vers l’aéroport de Roissy, vers lequel est envoyé le kérosène pour les avions : « Les aéroports de Paris ont trois-quatre jours de stock, logiquement cela va être compliqué si les avions décollent ce week-end. »

« Décisif ». Le mot est martelé depuis le début du mois pour parler de la première quinzaine de janvier. Certains syndicalistes l’avouent, une issue favorable serait compromise sans de très grosses mobilisations. Pour créer un nouvel élan, les grands moyens sont donc sortis, et Le Havre en dispose de quelques-uns, en plus des 35 000 manifestants recensés ce jeudi par la CGT dans la ville normande (5300 selon la police). Le port, bastion cégétiste de 3600 salariés, est complètement arrêté jusqu’à samedi. « 72 heures d’arrêt, ça ne s’est pas vu depuis 1992 », raconte Laurent Delaporte, secrétaire général CGT des agents portuaires du Havre. Lui et ses collègues sont engagés depuis le 5 décembre : « On a débuté avec des actions basiques, de piquets de grève et des manifestations les 5, 10, 12, 17 décembre, on a déjà fait deux opérations “ port mort ”. Là on monte en puissance. » Même schéma à la CIM : « Au mois de décembre, on était ralentis, on a commencé à faire des arrêts de 5 heures, puis de 7 heures, puis de 10. On a fait un trêve à partir du 27 décembre et là on a commence l’année en mettant à l’arrêt. On savait que ça allait être long, alors on a pas voulu partir trop vite. »

Depuis le 7 janvier, les deux raffineries de Seine-maritime ont elles aussi répondu à l’appel de la Fédération chimie de la CGT pour une action jusqu’au 10 janvier. À Gonfreville-l’Orcher, à quelques kilomètres du Havre, un incendie a déjà fortement perturbé la production de la plus grosse raffinerie de France en décembre, qui ne tourne qu’à 15% de son débit normal. Mais les expéditions y sont arrêtées, au moins jusqu’au samedi 11. Plus symbolique, l’entrée dans la lutte de la raffinerie de Gravenchon-Port-Jérôme, seule sur les huit raffineries métropolitaines à ne pas avoir été perturbée en décembre. Alors qu’il tracte devant une porte de l’usine, Christophe Aubert explique : « Depuis le 7 janvier, il y a une mobilisation. 35% du personnel posté est gréviste. Pendant certains quarts (tranche de 8 heures), rien ne sort. » Le coordinateur CGT chez ExxonMobil se dit satisfait : « Les collègues osent enfin faire grève. On a du mal à mobiliser, la direction joue sur la peur en parlant de baisses des marges, d’une perte de confiance des actionnaires américains en cas de grève… » En AG, il recense les ouvriers postés grévistes selon les secteurs, afin d’en transmettre la liste à la direction : « Comme nous sommes un site Seveso, on est obligé d’établir un protocole de sécurité avec la direction. Certains employés postés sont réquisitionnés pour assurer la sécurité, car on ne peut pas arrêter les machines. Mais la condition est qu’elle fonctionne au débit le plus réduit possible. » Si les réquisitions sont légales pour assurer la sécurité des sites, certaines entreprises comme Total peuvent parfois en abuser pour assurer la productivité de leurs sites, comme ce fut le cas à Grandpuits en 2010.

Les votes en assemblée générale et les prochaines réunions intersyndicales pourraient prolonger ces actions… voire les intensifier.


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