Ruth Zylberman : Une arpenteuse dans l’histoire

Cinéaste, écrivaine, Ruth Zylberman publie aujourd’hui 209, rue Saint-Maur, Paris Xe, prolongement d’un documentaire exceptionnel autour d’un immeuble populaire. Un ouvrage au diapason d’un parcours.

Réjane, comédienne ; Alexandre Arnoux, homme de lettres ; Paul Déroulède, poète et soldat ; Curnonsky, prince des gastronomes ; Léon Barillot, peintre animalier… Des noms gravés dans la pierre. Là demeura, ou fut abattu. Des noms, des adresses, des histoires. « Ici dans ce garage ont été trouvés le 17 août 1944 les corps de 42 patriotes, jeunes catholiques combattants, organisation civile et militaire, FTP, FFI, fusillés par ordre de la Gestapo. Souvenez-vous ! » À l’image, toujours en mouvement, s’arrêtant puis reprenant son chemin, Ruth Zylberman ajoute des photographies d’archives, réveille la mémoire de quelques-unes de ces personnalités virées en personnages. Sait-on combien un nom, une fonction fait récit ?

On est en 2001. Premier film de Ruth Zylberman, Paris fantômes se veut une brinquebale parisienne concentrée sur les façades de la capitale, avec ses plaques commémoratives dégringolant en cascade, exprimant « la succession des âges ». La cinéaste « fétichise, accumule, érudise ». Non sans cadrer une pointe d’humour : « Le 17 avril 1967 / ici / il ne s’est rien passé. » Paris fantômes est aussi une longue promenade en plein air avant de concentrer la caméra sur quelques habitants atypiques d’un quartier. Adi Fuchs, boulimique des registres, militant pour que soit apposée dans chaque école du Xe arrondissement une plaque à la mémoire des enfants juifs déportés, en est un.

La traque des mémoires, qui vont, viennent, accostent, s’accrochent dans les fragilités, c’est tout le travail de Ruth Zylberman. Rien n’est jamais figé. An 2018 : la réalisatrice remet un couvert à sa table. Les Enfants du 209, rue Saint-Maur, documentaire hors norme, exceptionnel (1). Elle choisit une adresse selon « un hasard contrôlé » et s’y tient. Durant plusieurs années, elle enquête pour retrouver les locataires de cette adresse fichée dans le Xe arrondissement parisien, du Front populaire jusqu’aux lois de Vichy et la rafle du Vel’ d’Hiv, avant de reconstituer l’histoire de ce qui ressemble à une communauté. Trois cents personnes logeaient là. Près d’un tiers venant de l’étranger, des famiulles juives débarquées de Pologne, de Roumanie ; ouvrières, ouvriers, artisans, fonctionnaires.

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