Avocats en grève : La justice au banc des accusés

Les avocats en lutte multiplient des défenses massives, soulevant la moindre irrégularité, questionnant la constitutionnalité des textes, pointant les limites de l’institution elle-même. Les parquets sont débordés, les magistrats et les greffiers pourraient rejoindre une mobilisation qui fera date. Reportage.

En ce vendredi 21 février, la salle d’audience 20.4 du nouveau palais de justice de Paris s’apprête à accueillir une énième scène de défense massive. Les nombreuses robes noires, groupées par dossier, affûtent leurs plaidoiries en vue de l’ouverture de la séance de comparutions immédiates (CI) à 13 h 30. En attendant la cour, Nathalie Roret, vice-bâtonnière de Paris, vient saluer ces avocat·es mobilisé·es. « La défense massive s’étend désormais à tous les domaines, en CI, mais aussi en droit des étrangers, en hospitalisation d’office, à la justice des mineurs, à la justice des libertés et de la détention… Des avocats de province montent à Paris pour faire nombre et échanger sur nos méthodes, même les avocats d’affaires nous soutiennent ! » À peine finit-elle sa phrase qu’un groupe du cabinet Pigot Segond & associés pénètre dans la salle d’audience. « Oui, les avocats d’affaires soutiennent le mouvement », clame Me Éric Segond.Ce n’était pourtant pas gagné. Pendant les premières semaines, au regard du nombre de dossiers de leurs clients renvoyés, le barreau d’affaires avait fait part de son agacement. Mais les instances nationales ont réussi à maintenir une cohésion entre les intérêts divergents au sein de la profession. « Nous avons répondu à l’appel du conseil de l’ordre en solidarité avec nos consœurs et confrères, affirme Éric Segond. S’il n’y a plus d’avocats pour défendre les indigents, cela pose un vrai problème d’intérêt général. »

Une sonnette retentit. Tout le monde est prié de se lever pour accueillir les trois juges de la cour. L’audience peut commencer. « Qu’est-ce qu’il y a comme avocats ! » lance spontanément la présidente. La juge Isabelle Prévost-Desprez, première vice-présidente adjointe au tribunal de grande instance de Paris, est une sommité dans la profession. Elle a instruit l’Angolagate, l’affaire Bettencourt et a directement mis en cause Nicolas Sarkozy. « Depuis quelque temps, le palais nous fait descendre des juges expérimentés, parce qu’on pose des questions de droit assez pointues », explique un avocat mobilisé. Dans le fond de la salle, les représentants du conseil de l’ordre veillent. « On sait que notre mouvement peut créer des tensions, reconnaît Martin Pradel, membre du conseil. On est là pour discuter et apaiser les choses si jamais les esprits s’échauffent. » Le premier prévenu est escorté par les forces de l’ordre dans le box des accusés. Migrant d’origine guinéenne, l’homme d’une trentaine d’années comparaît pour un trafic de crack à la porte de la Chapelle. Quatre avocats le défendent. En temps normal, un avocat commis d’office reçoit environ trois dossiers, trois heures avant le début de la séance. Chaque dossier met une vingtaine de minutes à être examiné pour des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. La procédure est expéditive et violente. Mais ce jour-là, tout est différent. À peine le mis en cause s’est assis que le procureur demande une heure de suspension pour examiner les sept questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) qui lui sont opposées dans l’ensemble des dossiers de la journée.

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