Xavier Vigna : « Nous sommes loin d’un climat insurrectionnel »

À la lumière du passé, l’historien Xavier Vigna démonte l’accusation de « violence » portée par le pouvoir contre le mouvement social actuel et analyse les motifs de cette rhétorique.

Olivier Doubre  • 5 février 2020 abonné·es
Xavier Vigna : « Nous sommes loin d’un climat insurrectionnel »
© Sebastien SALOM-GOMIS/AFP

Depuis plusieurs semaines que dure la mobilisation contre le projet de réforme du système de retraites, disqualifier le mouvement social en le réduisant aux quelques épisodes de rébellion violente dans la rue est une pratique récurrente de la part du pouvoir, de ses soutiens et des classes dominantes – parfois apeurés (comme lors du mouvement des gilets jaunes) par l’ampleur et la force de la contestation qui s’exprime contre les projets régressifs du gouvernement. C’est pourquoi un regard historique sur les mobilisations des dernières décennies apparaît fort utile, non seulement pour les comparer à celles de notre époque, mais surtout pour identifier les invariants accusatoires du pouvoir et du patronat.

Historien spécialiste des mouvements ouvriers, Xavier Vigna (1) analyse ainsi l’emploi de l’expression « climat insurrectionnel », destinée à terrifier en prédisant un embrasement du mouvement.

Beaucoup de journalistes, de représentants du pouvoir et plus généralement de conservateurs évoquent souvent, à propos de ce long mouvement social sur les retraites, un « climat insurrectionnel ». Ce terme vous paraît-il justifié ?

Xavier Vigna : Non, absolument pas ! Un climat insurrectionnel supposerait deux éléments : d’une part, une violence massive et généralisée ; d’autre part, la volonté de s’en prendre directement au pouvoir ou à ses représentants. Or aucun de ces deux éléments n’est présent. Le mouvement sur les retraites a connu de très rares épisodes violents, essentiellement

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Empêcher le permis de tuer pour la police d’entrer dans notre système judiciaire »
Entretien 18 septembre 2026

« Empêcher le permis de tuer pour la police d’entrer dans notre système judiciaire »

Avec la mobilisation “Non au permis de tuer” ce 20 septembre dans une centaine de villes en France, familles de victimes, associations, syndicats et partis de gauche se retrouvent autour d’un même appel. Samia El Khalfaoui, tante d’une victime et cofondatrice de Stop aux violences d’État, raconte comment ce front s’est construit et pourquoi ses organisateurs veulent l’inscrire dans la durée.
Par Maxime Sirvins
Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre
Justice 18 septembre 2026 abonné·es

Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre

Le procès des passeurs présumés, suite au naufrage ayant tué 31 personnes dans la Manche, a commencé le 8 septembre. Parmi les 14 prévenus, certains assurent avoir travaillé pour les filières afin d’assurer leur propre passage vers les îles britanniques.
Par Pauline Migevant
Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français
Enquête 16 septembre 2026 libéré

Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français

Chaque année, pour faire fonctionner les dix-huit centrales du pays, entre 20 000 et 40 000 sous-traitant·es sont employé·es par EDF pour les activités de maintenance. Une main-d’œuvre indispensable fortement exposée à la radioactivité et trop peu protégée, écoutée.
Par Céline Martelet
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi