En Italie, le grand mutisme des néolibéraux et austéritaires

La crise du Covid-19 a mis à nu des années de politique de destruction des services publics, hôpitaux d’abord. Devant la colère de toute la population, la droite libérale et l’extrême droite sont réduites au silence.

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La riche Lombardie, l’un des meilleurs systèmes sanitaires d’Europe occidentale, en est l’exemple-type. Gérés par les proches de Berlusconi puis par la Ligue (jadis séparatiste du Sud pauvre, aujourd’hui d’extrême droite), les modèles de santé lombard ou vénitien ont favorisé à outrance, depuis plus d’une décennie, les cliniques privées et plus largement une privatisation rampante des établissements hospitaliers. Des milliers de lits ont ainsi été fermés et les structures publiques ont subi d’innombrables coupes budgétaires, dues notamment aux injonctions de baisse des dépenses publiques par l’Union européenne. À l’heure de l’épidémie de coronavirus, quand plusieurs centaines d’Italiens meurent chaque jour dans les hôpitaux, en particulier en Lombardie, l’une des régions les plus touchées au monde, la droite libérale et tous les thuriféraires de la privatisation des services publics sont devenus tout simplement inaudibles. Avec des images paradoxales, comme ces matériels médicaux et personnels soignants envoyés par la Chine et la Russie dans la riche Italie septentrionale, auxquels il faut ajouter une cinquantaine de médecins cubains. « C’est tout le cliché d’une Italie hyper-individualiste, louée pendant des années par les chaînes TV de Berlusconi, qui se trouve balayé dans les esprits », constate non sans satisfaction, malgré la crise sanitaire, Angelo Mastrandrea, journaliste au quotidien de la gauche critique Il Manifesto :

En politique, beaucoup a changé en quelques semaines. Ce drame a fait revenir dans la conscience collective l’idée de la nécessité de la puissance publique, que l’initiative privée ne saurait remplacer ; ce que nous écrivons depuis des années avec jusqu’ici l’impression fréquente de prêcher dans le désert !

Ainsi, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite) a mis du temps à reprendre pied politiquement, avec l’arrivée de l’épidémie. Il a même semblé hésiter, au début, entre la poursuite d’un discours stigmatisant l’étranger (d’où serait arrivé le virus), et un certain déni, un peu comme ses « amis » Trump ou Bolsonaro, pour tenter de tourner en ridicule les premières mesures restrictives des déplacements imposés par le gouvernement. Mais devant l’ampleur de la crise sanitaire dans le pays, il a dû réviser ses positions rapidement, pour ne pas être dépassé, et s’est alors mis à demander l’envoi de l’armée et l’imposition d’un couvre-feu… Il reste qu’il accuse un net recul dans les sondages, assez déconsidéré depuis, et a presque disparu des talk-shows où il avait l’habitude d’apparaître sans arrêt auparavant.

De même, le très populiste Mouvement Cinq Étoiles a presque disparu des écrans depuis le début de la pandémie. C’est que, plus largement, devant le danger véritable, les discours démagogiques ont de moins en moins de prise dans la population : les Italiens sont en forte demande d’informations vérifiées et de compétence, médicale au premier chef évidemment. Et la vindicte populaire s’en prend d’abord aux décisions de fermetures de lits et aux coupes budgétaires dans la santé et les services publics, intervenues ces dernières années, au nom de l’orthodoxie budgétaire.

Le président Mattarella contre Bruxelles et Francfort

Sont particulièrement pointés du doigt la fermeture de pas moins de quatre grands hôpitaux publics à Rome en moins de dix ans. Les demandes de réouverture rapide de ces hôpitaux sont innombrables sur les réseaux sociaux, surtout que beaucoup de malades du Mezzogiorno affluent à Rome, faute d’un système sanitaire assez performant là-bas. En réalité, c’est bien le cœur des politiques néolibérales, mises en œuvre depuis des décennies, qui est en ligne de mire. Le président de la République Sergio Mattarella, qui prend rarement la parole, a ainsi tenu un discours en direct très dur contre les politiques austéritaires européennes, les directives de la BCE de Francfort et sa responsable Christine Lagarde, et contre la spéculation boursière. « Certes, la crise économique risque de pousser certains vers une droite dure, mais aujourd’hui ce sont d’abord les exigences de meilleurs services publics de santé et de protection sociale que l’on sent monter très fortement dans le pays… », souligne Angelo Mastrandrea. L’épidémie a certainement redonné une certaine conscience et une demande de solidarités aux gens. Quoi qu’il en coûte, pour paraphraser Macron, qui ne semble toujours pas sur la même longueur d’onde !


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