Etats-Unis : la santé mise à nu avec le Covid-19

Le coronavirus met en lumière les graves défaillances du système de santé, peu préparé à faire face à une crise de l’ampleur du Covid-19.

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Pour la première grande crise sanitaire de sa présidence, Donald Trump n’impressionne guère. Après avoir minimisé le Covid-19, l’assimilant à une grippe et disputant les chiffres officiels des malades sur la seule base de son « intuition », il a opéré, mercredi 11 mars, un revirement total.

Dans l’ambiance solennelle du bureau ovale, il a décrété l’interdiction d’entrée sur le territoire pour les voyageurs étrangers en provenance de l’espace Schengen, dont la France. Deux jours plus tard, il déclarait l’état d’urgence au niveau national, ouvrant la voie à des financements supplémentaires pour soutenir les États confrontés à la pandémie et accroître les dépistages.

Mais les tergiversations de Donald Trump ne sont pas le seul problème. Avec 28 millions de non-assurés, des coûts de santé très élevés, des niveaux de préparation variables d’un hôpital ou d’une maison de retraite à l’autre : le Covid-19 a révélé les défaillances du système de santé américain, dont la réforme est un enjeu majeur de la campagne présidentielle de 2020. Au cœur des critiques : le manque de kits de dépistage, qui pourrait expliquer le faible nombre officiel de contaminations (41 morts et 1 629 malades le 13 mars) enregistrées par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’agence sanitaire américaine.

Selon une estimation du magazine The Atlantic, seuls 4 384 Américains avaient été testés à la date du 9 mars (contre 100 000 Sud-Coréens au même moment). Un faible nombre qui s’explique par les barrières réglementaires, le coût élevé des examens et les restrictions imposées sur ceux qui voulaient s’y soumettre. Ainsi de nombreux individus ont-ils été éconduits au motif qu’ils n’avaient pas voyagé dans une zone à risque ou que leurs symptômes n’étaient pas assez prononcés. Et certains hôpitaux, situés en milieu rural, n’avaient tout simplement pas de kits de dépistage.

L’inquiétude sur la disponibilité de lits, de masques et d’appareils respiratoires persiste aussi. « Le système de santé n’a pas la capacité ou la résilience de gérer une augmentation soudaine du nombre de malades. Le nombre de lits disponibles dans les unités de soins intensifs aux États-Unis est au nombre de quelques centaines voire d’un petit millier. Il ne faut pas beaucoup de malades pour mettre la pression sur le système », raconte Tara O’Toole, ancienne sous-secrétaire à la Science et à la Technologie, lors d’une conférence, vendredi 13 mars, au Council on Foreign Relations (CFR).

Le problème ne date pas de Donald Trump. Le financement des programmes de gestion des urgences sanitaires par l’État fédéral est passé de 1,4 milliard de dollars en 2003 à 662 millions en 2020, un phénomène symptomatique du manque d’intérêt des gouvernements successifs pour ce genre de risque. En 2018, le gouvernement Trump a mis un terme à l’agence chargée de la réponse aux pandémies créée sous Barack Obama après Ebola – Trump s’est défendu en disant qu’il n’était pas au courant. Fin 2019, il a aussi mis fin discrètement à un programme nommé « Predict », qui permettait d’étudier la transmission aux êtres humains de maladies animales, comme le Covid-19, le H1N1 ou encore le Sras. Ce genre de maladies est de plus en plus fréquent.

En pleine campagne présidentielle, le coronavirus a propulsé le thème de la prévention des pandémies sur le devant de la scène. Candidat à l’investiture démocrate, Bernie Sanders en profite pour insister sur l’importance de sa promesse-phare – l’instauration d’une couverture médicale universelle – pour permettre à tous les Américains d’être dépistés voire hospitalisés sans facture prohibitive à la clé. Tout comme son rival à l’investiture, l’ancien vice-président Joe Biden, il veut inscrire le dispositif des congés maladie payés dans la loi fédérale pour épargner aux employés malades la pression de devoir se rendre au travail. Aux États-Unis, ce dispositif n’est pas garanti au niveau national.

Pour Tara O’Toole, le système actuel ne permet pas « la vitesse » requise pour détecter les pandémies. « Nous avons 3 000 agences de santé publique au niveau des États et des villes. Elles n’ont pas assez de ressources et ne sont pas coordonnées comme elles le devraient. Les CDC et les laboratoires publics n’ont pas non plus de moyens suffisants, poursuit-elle. Nous devons revoir la manière dont les États-Unis font des diagnostics, notamment pour donner la possibilité à chacun de les effectuer chez soi. La santé publique n’a pas innové autant que le secteur privé dans ce domaine. »


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