Jean-Christophe Klotz : quand tombe le costume de journaliste

Cinéaste engagé sans être militant, auteur de plusieurs films sur le génocide au Rwanda, le réalisateur nous livre son rapport à la caméra, et plus largement au journalisme en images. Son dernier film est à voir en ligne.

A près le Rwanda, je ne pouvais plus être objectif et neutre. Je ne pouvais pas être témoin d’un génocide, compter les morts et repartir en vacances, c’est une position qui n’est pas tenable. » Jean-Christophe Klotz est un documentariste qui s’interroge sur son métier. Le 11 septembre 2001, l’affaire Karachi, jusqu’à une lecture personnelle du cinéma de John Ford, et surtout le génocide au Rwanda, sous plusieurs volets, et plusieurs dates, de 1994 à aujourd’hui. Jean-Christophe Klotz, c’est un cinéma documentaire, taquinant même la fiction, inscrit dans la violence du monde contemporain. Dans le prolongement d’un entretien avec Joseph Beauregard, pour un nouvel opus de la collection proposée par le Forum des images à Paris, « Un état du monde », web magazine questionnant le monde à travers le prisme des images (en partenariat avec Politis), le cinéaste pose des mots sur son travail.

À l’évidence, il existe un impact de vos images sur vous-même. Comment cela se gère-t-il, même lorsqu’il y a une caméra entre vous et ce qui est filmé ?

Jean-Christophe Klotz : Quand on commence dans ce métier, on n’a pas forcément le recul qu’on a après plusieurs années de pratique, en mûrissant. On est « en pleine bourre », on est dans l’efficacité, le souci de réussir « sa mission », de prouver qu’on peut y arriver, etc. Évidemment, la nature de chacun fait qu’on est plus ou moins affecté par ce et ceux qu’on filme. On est souvent en empathie avec les gens qu’on filme, surtout du fait du type de reportage que j’ai pratiqué à l’époque. On était « près » des gens. C’était d’ailleurs devenu comme une marque de fabrique d’agences, comme Capa, où j’ai longtemps travaillé. On tournait beaucoup au grand-angle, donc physiquement on était très près de nos personnages, à essayer de ressentir ce qu’ils vivaient et de le transmettre. Alors, c’est plus facile à dire qu’à faire vraiment. Mais c’était quand même notre ressort. Je pense au magazine « 24 heures », sur Canal +, pour lequel j’ai beaucoup travaillé. Lorsqu’on tournait à Sarajevo, on était en pleine empathie avec les habitants qui vivaient assiégés et bombardés. Sauf que nous, on savait qu’on pourrait repartir quelques jours plus tard, par avion militaire, pas eux. Tout ça fait réfléchir au fil des expériences.

C’est comme le fameux « faites comme si je n’étais pas là »… C’est une phrase que j’ai prononcée si souvent ! C’est une manière d’essayer de filmer les gens « dans leur vraie vie », comme si on n’était pas là. Vous voyez souvent ce genre de plans dans les reportages où, comme on a besoin de « plages de commentaire », on demande aux gens de faire quelque chose, chercher un bouquin dans une bibliothèque, travailler à leur bureau ou je ne sais quoi. « Faites comme si je n’étais pas là »… Pour moi, c’est là que réside « l’arnaque » du reportage qui essaie de se faire passer pour « la réalité », qui masque son dispositif même, qui oublie qu’un reportage est d’abord un témoignage, à un instant donné, dans des circonstances données, et non une « preuve » de quoi que ce soit.

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