La santé en tension

Le moment est venu de replacer le praticien au cœur de la gestion de l’hôpital.

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Du point de vue de l’épidémiologie (1), trois réponses sont possibles face à la pandémie. La première est le confinement total, pratiqué par la Chine. Elle limite en deux mois le taux de population infectée sous le pic de 10 %. La pandémie se résorbe totalement au septième mois, mais le virus est susceptible de se diffuser à nouveau massivement à partir du neuvième mois, compte tenu de la faible proportion de la population immunisée. D’où le risque d’un effet boomerang. La deuxième est de laisser le virus se diffuser. Le pic de 60 % de la population infectée est atteint au bout de trois mois et demi. Celle-ci développe des défenses permettant d’immuniser le pays et de faire disparaître la pandémie au sixième mois, sans risque de rechute. Cette option, retenue par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, a un prix, conduisant déjà ces pays à l’infléchir. Bien que le taux de mortalité (1 % à 2 %) et la proportion de cas sévères (10 %) soit relativement faible, elle implique d’assumer des cas graves – impossibles à admettre tous en réanimation – et des victimes, dont le nombre explose en valeur absolue.

La France avait choisi la troisième solution, celle de la distanciation sociale. Comparée à la précédente, elle vise à retarder le moment du pic, touchant alors 25 % de la population au bout de quatre mois et demi. Ce scénario laisse en théorie la possibilité au système sanitaire de traiter les 10 % de cas graves et limite le nombre absolu de victimes. Source d’immunisation, la contagion d’une partie non négligeable de la population « permet » une extinction de la pandémie à partir du huitième mois.

À l’épreuve du feu, la distanciation sociale a rapidement cédé la place au confinement partiel, parce que notre système sanitaire s’est immédiatement trouvé en tension. Les services de réanimation doivent faire face à un afflux de cas graves qu’ils ne pourront bientôt plus traiter tous. Le nombre de respirateurs artificiels est limité. Une partie du personnel soignant est infectée. Le problème éthique de la sélection des patients va se poser.

Cette « guerre » conduira-t-elle le chef de l’État à reconsidérer la politique hospitalière menée depuis plusieurs quinquennats ? Dénoncée par l’ensemble du personnel soignant, cette gestion désastreuse a abouti à faire fonctionner les hôpitaux à flux tendus. Lors de ses interventions télévisées, Emmanuel Macron n’a pas tari d’éloges pour les services publics et a déclaré vouloir « en tirer toutes les conséquences ». Alors chiche ! Puisque le pacte de stabilité va être transgressé, le moment est venu d’investir massivement dans les infrastructures sanitaires, de densifier la carte hospitalière, d’assumer des surcapacités en réanimation (salutaires en période de crise), de créer les postes et les lits nécessaires dans les urgences, et de replacer le praticien au cœur de la gestion de l’hôpital – et non le technocrate assimilant celui-ci à une entreprise. Hélas, alors que 45 milliards d’euros seront empruntés pour préserver la « capacité de rebond » des entreprises et financer le chômage partiel, 2 petits milliards seraient levés pour la guerre sanitaire…

(1) « Conférence du professeur Philippe Sansonetti : Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée », 16 mars 2020, sur le site du Collège de France.


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