La veillée d'arme d'un hospitalier lillois

Spécialisé en pneumologie, un jeune interne en médecine vient de passer une folle semaine pour préparer l'afflux de patients atteints du Covid-19.

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Léo* est un jeune interne en médecine, spécialisé en pneumologie au CHU de Lille. Autant dire en première ligne de l'épidémie de Covid-19. « On vient de passer une semaine totalement folle », explique-t-il. Pas tant par l'afflux du nombre de personnes en réanimation, la région Hauts-de-France était, vendredi à la mi-journée, au sixième rang national avec 759 cas confirmés. « Mais on sait que la vague est imminente », explique-t-il.

Mardi après-midi, la consigne tombe : Léo et ses collègues doivent dégager l'ensemble du service avant jeudi, pour investir une nouvelle aile de l'hôpital. Objectif : monter un « hospice Covid-19 » de 200 lits qui permettra de traiter spécifiquement l'inéluctable afflux de patients. L'aménagement de l'aile a plusieurs fois été repoussé depuis deux ans – trop compliqué, trop cher… En l'espace de deux jours, toutes les consultations et les actes non urgents du service ont été déprogrammés afin de mobiliser le personnel sur le déménagement. Malades, blocs opératoires, équipements, produits, dossiers, tout y est déplacé, « parfois avec des caddies de supermarché pour le matériel, on aurait dit une évacuation en temps de guerre ».

Guerre : Léo répète le terme. « Personne ne l'a vécu sur le terrain médical, ni même épidémiologique, il faut remonter à un siècle et à la grippe espagnole pour connaître une telle situation. Mais nous savons qu'il ne nous sera pas possible de travailler selon les critères habituels, nous nous apprêtons à pratiquer une médecine extrêmement dégradée par les conditions. » Le choix des malades prioritaires – ceux dont les chances de survie sont les plus importantes –, devra se faire très rapidement, « en direct, par un médecin senior et un réanimateur ». Faute de réactifs en quantité suffisante, il faut attendre jusqu'à 48 heures le résultat d'un test d'infection par le coronavirus. « En temps normal, six heures suffisent. Le service de virologie croule sous les demandes… »

L'attente ajoute à l'angoisse, qui monte. « On se prépare à ne plus voir les copains pendant 15 jours, à peut-être tomber malade. Il y a beaucoup d'échanges et de solidarité entre nous, c'est un moment bouleversant. On se dit quand même qu'on a au moins eu le luxe de nous être préparés. Les Italiens, ils ont tout pris dans la gueule d'un seul coup… » Léo s'est porté volontaire, vendredi, pour participer à « l'inauguration » de la nouvelle unité Covid-19. « Je n'ai encore aucune idée de ce que cela signifie… »

*le prénom a été changé


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