Dans le Lot, loin des maternités, elles luttent pour donner la vie

Dans ce département avec le taux de mortalité infantile le plus élevé de France, il ne reste plus qu’une maternité. Un grand nombre de femmes, qui doivent faire plusieurs kilomètres de route pour l’atteindre, sont contraintes de s’adapter. Leur sage-femme libérale est désormais leur ultime soutien de proximité.

Élisa Centis  • 21 mai 2025 abonné·es
Dans le Lot, loin des maternités, elles luttent pour donner la vie
Nathalie Charbonnier et Capucine, enceinte de 8 mois.
© Élisa Centis

Le cabinet de sages-femmes de Lacapelle-Marival, un village lotois de 1 200 habitants, est à une heure de la maternité la plus proche. Avant que Nathalie Charbonnier ne décide de quitter l’hôpital et de s’y installer, en 2014, il n’y avait plus aucune sage-femme libérale dans le secteur. « Personne ne venait jusqu’ici pour assurer les Prado [programmes d’accompagnement au retour à domicile, N.D.L.R.] », se souvient l’énergique praticienne de 53 ans, aux grandes lunettes rondes.

« J’ai fait tout le suivi ici. Je ne suis allée à Cahors qu’une fois pour l’inscription à la maternité », glisse, reconnaissante, Précilla, 23 ans, les mains posées sur son ventre rond. « Pour ma première fille, j’ai fait le suivi là-bas. Mais le trajet est fatigant. » La jeune femme habite à une heure du chef-lieu du Lot. « Quand on est enceinte, on est déjà épuisée. En ce moment, je fais pipi six fois par nuit, je n’arrive pas à dormir », confie la jeune femme sans se départir de son rire.

Dans la salle d’examen, les battements de cœur de son bébé résonnent. Précilla achève son dernier monitoring. Ce lundi 5 mai, la poche des eaux s’est rompue. Une fois la consultation terminée, elle va rentrer chez elle, à quelques minutes d’ici en voiture, et attendre son mari, qui la conduira à Cahors.

Jusqu’au dernier jour de sa grossesse, Précilla a pu conduire et se rendre seule aux rendez-vous. Mais, en zone rurale, 20 % des femmes n’ont pas de voiture, selon la revue Transrural Initiatives. À 20 minutes d’ici, à Gramat, un autre bourg lotois où Nathalie Charbonnier réalise des consultations, la sage-femme rappelle à Léana* de faire une prise de sang.

« On devait y aller, mais la voiture de mon copain est tombée en panne », s’excuse la future mère, âgée de 18 ans. Léana n’a pas le permis. Depuis le début de sa grossesse, elle bataille pour se rendre à chaque rendez-vous. « Ce n’est pas facile de se déplacer, commente la jeune femme brune enceinte de 7 mois. Je dois toujours faire en fonction de ceux qui peuvent m’accompagner. »

Léana habite au cœur du parc naturel régional des Causses du Quercy, à Rocamadour. Pour la transporter sur ces routes en lacets, elle compte le plus souvent sur sa mère. « Mais par exemple, il y a quelques semaines, elle a dû partir à un rendez-vous en urgence, raconte Léana, toujours émue par ce qui aurait pu être un incident dans le déroulement de sa grossesse. Heureusement qu’une amie était là, car c’était très compliqué de décaler. La sage-femme n’avait pas de disponibilité avant plusieurs semaines. J’ai eu une chance inouïe », termine-t-elle dans un grand sourire.

17 % de hausse de la mortalité en treize ans

Dans les cas de grossesse difficile, un suivi avec la sage-femme de proximité ne suffit pas. Munie de porte-documents de différentes couleurs, Wendy, 30 ans, enceinte de jumeaux, enchaîne les consultations. La jeune femme, souffrant d’hyperthyroïdie, doit sillonner deux départements : « J’ai mon endocrinologue et mon cardiologue à Villefranche-de-Rouergue [en Aveyron, N.D.L.R.]. Le gynécologue aussi. Ma sage-femme échographiste est à Figeac [dans le Lot] et mon suivi à Lacapelle. » Le cabinet de Nathalie Charbonnier est à

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