Les mauvais jours finiront

On voudrait croire que nous aurons redécouvert l’altruisme, le désintéressement et la sobriété.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


On voudrait pouvoir s’extraire du moment, parce qu’il devient – vraiment – pesant, hein ?

On voudrait pouvoir, quand le monde entier se cadenasse, quand vient ici comme ailleurs l’heure du confinement, quand il est même question (sans que l’on sache tout à fait s’il s’agit de projets ou de rumeurs), au moment où j’écris ceci, de couvre-feu et de déployer l’armée, oublier l’angoisse, oublier la colère, oublier l’inquiétude. On voudrait par exemple oublier que des imbéciles, inconscient·es, irresponsables – et peut-être même criminel·les – continuent de faire les mariolles et de se presser par grappes compactes dans les parcs et les rues de Paris quand partout des gens meurent. On voudrait oublier que nous sommes collectivement si long·ues à nous guérir de notre si française et si pathétique arrogance.

On voudrait pouvoir se projeter déjà et complètement dans l’après. Se réconforter un peu en se disant que les temps qui viennent portent déjà des enseignements politiques – disons comme ça pour aller vite – de quelque importance, qui ne seront plus discutables – et que certains discours, désormais, ne pourront plus (jamais) être (sou)tenus sans honte.

En se disant que cette crise montre du moins le capitalisme boursier, abattu comme un château de cartes en quelques jours à peine, dans toute sa risible vulnérabilité – où sont passé·es les chantres des délocalisations ? – et dans son ahurissante tartufferie, quand ses servant·es, partout dans le monde, débloquent d’un claquement de doigts, pour protéger leurs clientèles bancaires et patronales, les centaines de milliards de dollars et d’euros (liste non exhaustive) dont ils nous expliquaient, il y a encore un mois, qu’ils ne les avaient pas. Quand chez nous ils trouvent soudain, pour sauver les marchés, des sommes très supérieures – je n’ai pas vraiment fait le calcul – au coût supposé – au hasard – du sauvetage des retraites. Quand ils redécouvrent les vertus du service public hospitalier qu’ils viennent de passer tant d’années à démanteler – et dont ils méprisaient si fort les appels aux secours. Quand ils se font subitement les champions des entraides et des sécurités collectives et sociales dont ils planifiaient et revendiquaient l’abandon – et la vente par lots.

On voudrait se raccrocher à l’idée que les mauvais jours finiront, que nous retrouverons bientôt un peu d’insouciance – et même, tiens : le goût de rire – et que dans l’intervalle nous aurons redécouvert, ensemble et en solo, quelques trucs un peu présentables, comme, en vrac, l’altruisme, le désintéressement, la gentillesse et aussi la sobriété.

Mais il faut reconnaître que là, tout de suite, on éprouve quand même un peu de difficulté à bien s’accoutumer à la réalité que nous venons d’être précipité·es dans un f*** film de science-fiction dont le scénario se mélange de beaucoup d’épouvante. Un peu de mal, pour le dire tout nettement, à ne pas flipper un peu.

Prenez soin de vous, et des vôtres, et des autres.
À la semaine prochaine.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.