« À nos corps défendants » : un film sur les violences policières en accès libre

Le documentaire sur les violences policières « À nos corps défendants » est disponible gratuitement sur YouTube. Entretien avec son réalisateur, Ian B.

Romain Haillard  • 4 avril 2020
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« À nos corps défendants » : un film sur les violences policières en accès libre
Photo : Le comité Adama manifeste à Paris, le 26 mai 2018 (©Michel Soudais / Politis)

À nos corps défendants » donne la parole aux premiers concernés par les violences policières dans les quartiers populaires. Peu de commentaires, juste leurs témoignages. En une heure trente, le film tend à rendre palpable l’invisible : la violence, le mépris et l’humiliation, mais aussi la résilience, la quête de vérité et la dignité. Quatre questions à son réalisateur, Ian B du collectif « Désarmons-les ».

Pourquoi rendre votre film accessible maintenant ?

Ian B : L’accumulation de vidéos de violences policières dans les quartiers populaires en période de confinement remet cette question en exergue. Le contrôle des attestations devient un prétexte pour frapper et humilier. J’ai décidé de le mettre en ligne après les applaudissements en soutien aux personnels hospitaliers. Nous sommes enfermés, mais la critique de l’État et du pouvoir devient acerbe. Profitons de ce moment politique avec un moyen d’expression encore disponible à ce jour : regarder un film.

La parole est donnée essentiellement aux victimes et leurs familles. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

Je voulais donner la parole aux premiers concernés, personne d’autre. Pas d’experts, de journalistes ou de sociologues pour intellectualiser ou reformuler ce que les victimes de violences disent déjà. Et pas de policiers. Leurs responsables, leurs représentants syndicaux et les experts en sécurité ont déjà largement la parole sur les plateaux de télévision. Les policiers ont des reportages et des émissions consacrées à leur quotidien quasiment tous les jours de la semaine.

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Ce qui heurte le plus, c’est la force des proches de personnes décédées, je pense tout particulièrement à Ramata Dieng et Farid El Yamni.

Ils se battent depuis longtemps et de manière continue. Depuis la mort de leur proche, leur vie est conditionnée par la lutte. Ils en tirent tous les deux une approche philosophique poussée, sensible – fataliste sans être résignée. Ramata et Farid n’attendent plus rien de la justice, ils ont compris qu’elle était biaisée. Ils sont à la recherche d’autre chose, d’une vérité plus brute, d’une analyse et d’une remise en question du système. La question de la violence, de la torture, du racisme, du mépris. Farid El Yamni, tout particulièrement, vibre quand il nous parle de dignité. Il se bat pour la garder.

Des blessés prennent la parole, mais ce qui ressort le plus, c’est le pendant psychologique de ces violences.

Il faut replacer la dimension sensible au cœur du combat. Chez les blessés, il y a une cicatrice profonde et invisible si elle n’est pas extériorisée. Les blessures physiques, ils peuvent les cacher, les réduire, mais quelque chose a été détruit dans leur vie de tous les jours. Si nous ne parlons pas du sensible, alors nous ne pouvons pas comprendre la question des violences d’État.

Très peu en parlent chez les jeunes des quartiers populaires. L’un d’eux a bien voulu témoigner à visage découvert après avoir été victime d’un tir de LBD 40 dans les parties génitales. C’est la blessure la plus taboue, mais il y a une sorte de mécanisme inverse qui opère : « Ils ont voulu m’enlever ma virilité, si je me tais, si je ne prends pas la parole, ils me l’enlèveront pour toujours. »

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