Monsieur Blanquer, n’ajoutez pas une crise scolaire à la crise sanitaire !

Dans une lettre ouverte au ministre de l'Éducation nationale, dix maires (LR, PCF, UDI, PS) de Seine-Saint-Denis réclament un moratoire sur la fermeture des classes et un plan de relance massif pour l'école publique dans leur département.

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Monsieur le ministre,

En cette période de crise sanitaire inédite, nous souhaitons vous interpeller sur le nombre grandissant de parents qui nous alertent sur la scolarité de leurs enfants en école primaire. L’inquiétude des familles, qui craignent les effets de cette interruption prolongée sur la scolarité de leurs enfants, est légitime. Beaucoup éprouvent de grandes difficultés pour aider leurs enfants par manque de temps, d’espaces, de connaissances ou de matériel informatique. Il en résulte une grande culpabilité chez les parents, du stress chez les enfants, des conflits dans les familles confinées. Enseigner reste un métier, vous en conviendrez.

Les actions des enseignants en proximité directe avec les parents, les initiatives d’entraide entre parents pour le soutien scolaire se multiplient dans nos villes. Ce sens des solidarités est magnifique. Mais ce ne peut pas être suffisant.

Nous, élus, vous interpellons pour que vous vous rendiez à l’évidence : l’école à la maison accroît les inégalités scolaires. Les habitants de nos villes populaires le sentent et craignent que leurs enfants en soient les victimes.

Quand vous dites qu’au niveau national vous avez « perdu la trace » de 8% d’élèves, ce chiffre dans les quartiers populaires serait compris entre 25 et 35% selon des remontées de certaines équipes éducatives.

Comme vous y invitent les organisations syndicales enseignantes, il faut une parole claire : « si le lien éducatif doit être maintenu avec les élèves dans la période de confinement, le fonctionnement normal de l’école s’est arrêté le 13 mars et à la reprise, tous les éléments de programme seront repris en tenant compte de ce temps suspendu ». Seul un tel message est capable de tranquilliser les parents.

Il faut aussi garantir, au moment où l’école pourrait reprendre, que tous ces élèves qui n’ont pu jouir des différents dispositifs de continuité éducative et d’une relation privilégiée avec un enseignant en classe bénéficient d’un accompagnement spécifique et soutenu.

Par ailleurs, plusieurs d’entre nous ont également été très désagréablement surpris d’être sollicités pour la fermeture de classes à la rentrée 2020-2021. Autant d’empressement sur ce sujet, alors que la période ne s’y prête pas et que les inscriptions scolaires ne sont pas finies, nous interpelle. Surtout que les premiers échanges augurent de fermetures très nombreuses, incompatibles avec l’effort exceptionnel que nécessite la situation actuelle.

Comme vous le savez, le rapport parlementaire transpartisan de mai 2018 relatif à l’exercice par l’État de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis a objectivé les inégalités de traitement subies par notre département en matière d’éducation. Est-ce là votre réponse ? Ces fermetures de classes aggraveraient encore davantage les inégalités scolaires alors même qu’il vous est demandé par les parlementaires, par les élu·es, par les enseignant·es et par les parents de les réduire.

Demain, un long travail sera nécessaire pour rattraper le retard accumulé et l’accroissement des inégalités scolaires. Vous devez en tenir compte pour adapter votre action pendant le confinement et après le confinement.

Le président de la République Emmanuel Macron a affirmé tirer les conséquences de cette crise sanitaire, en précisant que plus rien ne serait comme avant, et cela quoi qu’il en coûte. Cela doit être vrai aussi pour l’éducation. Nous vous demandons donc un moratoire sur la fermeture des classes à la rentrée 2020-2021 ainsi qu’un grand plan de relance massif pour l’école publique en Seine-Saint-Denis, pour finir l’année scolaire et pour la rentrée prochaine. Ce grand plan pourrait notamment s’appuyer sur des cours de rattrapage lors des vacances scolaires pour tous les enfants des écoles en REP et REP+, sur le renforcement des RASED qui restent dépourvus d’enseignant·es spécialisé·es et de psychologues ainsi que sur une politique de formation et de recrutement ambitieuse.

Monsieur Blanquer, n’ajoutez pas une crise scolaire à la crise sanitaire !

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Laurent Russier, maire de Saint-Denis,

Laurent Baron, maire du Pré-Saint-Gervais,

Patrice Bessac, maire de Montreuil,

Hervé Chevreau, maire d’Épinay-sur-Seine,

Mériem Derkaoui, maire d’Aubervilliers,

Michel Fourcade, maire de Pierrefitte,

Mohamed Gnabaly, maire de L’Île-Saint-Denis,

Xavier Lemoine, maire de Montfermeil,

Gilles Poux, maire de La Courneuve,

Sylvine Thomassin, maire de Bondy.


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