Organisons des destructions publiques de nos smartphones !

Le feu vert de la CNIL à l’application StopCovid renforce la méfiance vis-à-vis des smartphones. Christian Tezenas et Gwenaël de Boodt appellent les citoyen-nes à se libérer de ces outils qui menacent la démocratie par la surveillance qu'ils exercent sur nous.

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Dans Le Monde Diplomatique du mois d'avril 2020, Felix Treguer au cours de son article Urgence sanitaire, réponse sécuritaire nous emmène dans le monde des caméras de vidéosurveillance et thermiques, des lunettes de réalité augmentée, des drones, de la détection faciale… À la lecture de cet article, nous comprenons que la science-fiction n'existe plus mais que nous la vivons :

En Chine, la température corporelle des livreurs de plats cuisinés apparaît en même temps que leur géolocalisation sur le smartphone des destinataires, eux-mêmes suivis à la trace pour évaluer leur contagiosité et en déduire un code de couleurs qui conditionne l'accès aux lieux de travail, de transports publics ou de zones résidentielles. (…) Au travers d'une application installée sur leur portable, les résidents polonais placés en quarantaine doivent s'identifier auprès de la police en envoyant régulièrement des selfies pris de leur intérieur…

Cet article en rappelle d’autres, par exemple celui paru dans Le Monde sous le titre En Chine, un système de notation des citoyens encore flou mais aux ébauches effrayantes :

Le « système de crédit social » que souhaite déployer Pékin dès 2020 n’a pas encore été précisément défini. Les premiers tests inquiètent largement les universitaires.

Un système qui repose sur la généralisation du smartphone à la nation….

Ici en France, depuis déjà plusieurs années, pour ne pas prendre le risque d'être entendus lors des réunions préparatoires aux manifs, les militants prennent la précaution de déposer leur smartphone (ordiphone ?) dans une pièce externe à la réunion, négligeant le fait que la réunion de leurs appareils donne à la police la possibilité d'identifier les participants...

Aujourd'hui pour envisager le « monde d'après », éditorialistes, intellectuel-le-s, militant-e-s, bénévoles associatifs, sympathisant-e-s des mouvements humanistes et sociaux contestent tout ou partie :

Voici une liste non-ordonnée :

  • du développement de la 5G et des millions de satellites qui vont définitivement , à court terme, polluer nos ciels ainsi que du stockage informatique qui s'ensuit,
  • de la destruction de zones sauvages et habitées due à l'extraction des terres rares
  • du fait que ces technologies augmentent dangereusement la consommation des énergies nucléaire et carbonée,
  • du pouvoir économique mondial des GAFA,

  • du développement exponentiel de la publicité ciblée,

  • du projet de traçage du « Corona-tracking »,

  • des lois issues des états d’urgence qui chaque fois un peu plus rognent nos libertés individuelles.

Il y a des choses sur lesquelles nous avons difficilement prise, d'autres sont à portée de main.

Il est indéniable que le smartphone, léger et peu encombrant, offre d'énormes facilités d'information, de communication et de consommation numériques. Il peut être aussi un outil de création visuelle et sonore. Quelles que soient ses géniales possibilités, le smartphone risque pourtant de devenir demain l'arme la plus dangereuse contre nos démocraties.

Aujourd'hui, rappelons-le, plus de 900 millions de Chinois dépendent de leur smartphone pour se déplacer, se nourrir et aller au travail. Grâce à cet outil ils sont surveillés dans leurs déplacements, leurs faits et leurs gestes. La reconnaissance faciale complète bien cet attirail de surveillance…Tout va ainsi pour le mieux dans la meilleure des dictatures !

En France, le ministre de l'informatique, Monsieur O, propose le recours au bracelet électronique pour les citoyens ne possédant pas de smartphone afin de faciliter le suivi des citoyens face au coronavirus.

Grâce à l'état d'urgence sanitaire instauré dans la continuité de l'état d'urgence anti-terroriste, nous n'avons plus le droit de manifester.

Si n’émerge pas un mouvement de tout ou partie des citoyens de ce pays encore démocratique pour refuser la technologie quand le danger qu’elle représente devient systémique, il est évident que la dictature technologique appliquée en Chine s'installera en France demain. Quelles qu’elles soient, les lois « informatique et liberté » ne nous protégeront pas. Un nouvel état d’urgence suffira à les modifier et à les aliéner définitivement à ce contre quoi elles prétendent nous protéger. On le sait maintenant de manière certaine depuis l'attentat contre Charlie-hebdo….

Il sera toujours temps alors d'aller pleurer dans les manifs. La liberté a toujours un coût. En refuser le prix , c’est accepter de la perdre. Nous refusons de refuser systématiquement les progrès technologiques, mais les assertions suivantes : « Je n’ai rien à craindre, je ne fais rien de mal » , « Il faut bien vivre avec son temps », « On a toutes et tous nos contradictions » sont terriblement symboliques de notre soumission de citoyen-nes à l’asservissement technologique.

C'est pourquoi nous appelons les citoyen-nes à organiser des destructions publiques de leurs smartphones et à revenir à un outil téléphonique de base, afin que par ce geste fort, naisse une conscience citoyenne affirmant la primeur de la liberté « réelle » sur la liberté « virtuelle ».

Car il est urgent de semer le doute et de le cultiver en lançant l’idée d’une interrogation systématique de l’intérêt de telle ou telle nouveauté technologique au regard de nos libertés, de l’écologie, de nos besoins et au sens que nous voulons donner au « monde de demain ». Il s'agit notamment de ces nouveautés liées aux loisirs de communication ou de plaisir, et qui s’avèrent trop souvent être des avatars utiles à des dictatures possibles.

Ré-apprenons à dire « Non ».

Nous ne reviendrons pas pour autant à l'âge des cavernes ni à l'éclairage à la bougie comme s'empresseront de le déclarer nos détracteurs pour lesquels le progrès consiste en un contrôle total et définitif de nos vies pour la plus grande gloire du génie technologique au déni de celui de l'humain.

En plus de la portée symbolique que constitue la destruction publique des smartphones à laquelle nous appelons, nous reconquérons effectivement une part importante de la liberté dont ils nous privent.


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