Pascale, psychologue scolaire : «Souvent, nous n'avons pas le temps pour les enfants qui sont “juste” en souffrance»

Récit d'une rentrée pas comme les autres, par celles et ceux qui en ont la charge. Pascale, psychologue scolaire du réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) dans l’Essonne (91), nous raconte le déroulement de cette semaine particulière. Témoignage (2/6)

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Dans le cadre du retour progressif des élèves à l’école, la communication du gouvernement a largement reposé sur la nécessité d’un accompagnement social et psychologique des enfants. Un regain de considération qui interroge les professionnel·les, comme Pascale (1), qui dénoncent régulièrement les manques et les restrictions budgétaires : « Je travaille dans une circonscription où il existe de nombreuses problématiques sociales et familiales. Mais pour dire les choses clairement, s’il n’y a pas de dossier MDPH (2) à constituer, nous n’avons souvent pas le temps d’accompagner les enfants qui sont “juste” en souffrance. »

Regrettant cet état de fait, Pascale souhaite profiter de la période pour réaliser des ateliers de médiation dans les classes, et pas seulement pour les élèves identifiés comme « fragiles ». « C’est quelque chose que j’avais déjà envisagé hors crise sanitaire, mais comme nous manquons de personnels, je n’ai jamais eu le temps. »

Ce manque d’effectif, « qui concerne globalement tous les personnels du Rased – psychologues et enseignant·es spécialisé·es –, se ressent particulièrement sur des territoires comme le mien, où les services publics se raréfient. Pour bien accompagner les élèves et leurs familles, il faut mettre davantage de moyens à l’école, c’est sûr, mais aussi dans les structures spécialisées type centre médico-psycho-pédagogique [CMPP] ou institut médico-éducatif [IME]. Car tant que nous serons sur une logique néolibérale, avec un gouvernement qui préfère répondre aux besoins du patronat plutôt que de miser sur les services publics, toutes nos initiatives seront dérisoires ».

En cette première semaine de « rentrée », Pascale a également recueilli les angoisses des équipes enseignantes, qui s’inquiètent surtout des moyens à disposition pour appliquer le protocole sanitaire. La réouverture de l’un des établissements, malgré une suspicion de contamination, a également éprouvé les professionnels. « Les enseignants n’allaient visiblement pas bien, se posaient énormément de questions et avaient l’impression de devoir mentir aux parents. En ces circonstances, l’accueil des élèves me questionne, moi aussi. La hiérarchie nous demande de travailler en soutien des équipes enseignantes, mais là, j’ai la sensation que nous sommes une sorte de caution en cas de malaise ou de remise en question. »


(1) Le prénom a été changé.

(2) Maison départementale des personnes handicapées.

(3) Si Blanquer assure que 90% des établissements du premier degré ont rouvert, une enquête du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, évoque une réouverture de 70% d’entre eux.


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