Que faire dans « l’Europe d’après » ?

Une monnaie unique ne peut fonctionner sans mécanisme de solidarité financière.

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L’« Europe d’après » n’est déjà plus tout à fait celle de Karlsruhe. La Banque centrale a annoncé le rachat de 1 025 milliards de titres publics sur le marché secondaire, pour permettre aux États d’emprunter à des taux bas sur le marché primaire. Sa politique non conventionnelle fait croître la masse monétaire bien plus vite que le PIB. Elle en appelle désormais au déploiement de la politique budgétaire, ce que la Commission européenne a permis, en suspendant le pacte de stabilité pour que les États puissent engager des plans de relance.

La capacité d’endettement de certains d’entre eux étant limitée, le débat sur la mise en place d’une capacité budgétaire commune, financée par une dette mutualisée, est désormais ouvert. La position défendue par les Pays-Bas est mise à mal. Elle consiste à demander au Mécanisme européen de stabilité (MES) d’octroyer des prêts venant alourdir la dette de chaque État concerné. La solution proposée par l’accord franco-allemand du 18 mai est au contraire de financer un fonds commun grâce à l’émission d’euro-obligations par la Commission. Ce fonds verserait des subventions, et non des prêts. Les remboursements d’emprunts seraient opérés par chaque État au prorata de sa contribution au budget communautaire, ce qui revient à instituer une union de transferts organisant la convergence vers le haut des zones économiques en difficulté. Dans une résolution votée à une écrasante majorité, le Parlement européen demande l’ajout de ces sommes au cadre financier pluriannuel, le contrôle démocratique du fonds et l’orientation de ses ressources vers un pacte vert.

Les 500 milliards du plan annoncé le 18 mai sont certes inférieurs aux 2 000 milliards demandés par le Parlement européen, mais ces événements n’ont rien de « rikiki » pour qui souhaite changer l’Europe dans le cadre de l’euro. Ils sont précisément l’occasion d’ancrer le débat sur le contenu social et écologique des plans de relance, désormais envisageables dans le « monde d’après ». Ils tranchent avec la stratégie de dévaluation interne qui a prévalu jusqu’à présent, imposant aux économies endettées et victimes de « chocs » de baisser salaires et dépenses sociales.

Une monnaie unique dans une Europe composée d’économies non convergentes ne peut fonctionner sans mécanisme de solidarité financière. À défaut, les pays victimes de déséquilibres macroéconomiques sont condamnés à sortir de l’euro, pour s’ajuster par la dévaluation externe. Par électoralisme, les populistes de tous bords rejettent désormais tout plan B en dehors de l’euro. Ils se replient sur un plan A qui s’avère, pour le coup, bien « rikiki », dès lors que leur ADN leur interdit d’explorer la piste d’une union de transferts. À tel point qu’ils ont voté sans remords contre la résolution du Parlement européen. Leur posture se limite à ressasser que la Banque centrale doit monétiser la dette publique, en transformant les titres souverains qu’elle détient en dette perpétuelle à taux négatifs. Ceci est évidemment proscrit par les statuts de la BCE, dont la modification représente une ligne rouge infranchissable pour l’Allemagne, a fortiori en l’absence de menace crédible de sortie de l’euro…

Liêm Hoang-Ngoc Maître de conférences à l’université de Paris-I.


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