Comment Macron prépare le monde d’après

Deux champions de l’orthodoxie néolibérale aux commandes.

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Emmanuel Macron vient d’installerune commission de vingt-six économistes français et internationaux chargés de « présenter des recommandations pour rendre les politiques économiques plus efficaces ». Cette commission est présidée par deux champions de l’orthodoxie néolibérale, Jean Tirole, « prix Nobel » d’économie, et Olivier Blanchard, ex-économiste en chef du FMI. Elle doit rendre des propositions avant la fin de l’année sur trois problèmes « structurels » : le climat, les inégalités et la démographie.

Sur des questions aussi cruciales, et aujourd’hui en débat dans nos sociétés, on aurait pu s’attendre à ce que cette commission reflète le pluralisme des approches et des disciplines. C’est exactement le contraire ! Proches de Macron, qu’ils ont soutenu à l’élection présidentielle de 2017, les deux coprésidents ont fait le «choix de privilégier une composition homogène en termes de profils et d’expertise pour avoir les réponses des académiques sur les grands défis». Exit les empêcheurs de tourner en rond comme Thomas Piketty, favorable au rétablissement de l’ISF, Michel Aglietta, pourfendeur du capitalisme financier, ou les économistes atterrés, dangereux keynésiens de gauche.

Les positions des membres de la commission sont claires. Pour Jean Tirole, les mauvaises performances de l’économie française sont dues à un excès de dépenses publiques, et le rôle de l’État doit se limiter à veiller au bon fonctionnement des marchés. Quant à Olivier Blanchard, il a défendu les politiques d’austérité imposées par le FMI aux pays endettés tels que la Grèce, tout en reconnaissant, un peu tard, qu’il avait sous-estimé leurs effets négatifs.

Parmi les économistes français, ont été sélectionnés Jean Pisani-Ferry, qui a inspiré le programme économique du candidat Macron, et Laurence Boone, ancienne banquière et conseillère de François Hollande, devenue économiste en chef de l’OCDE. Quant aux internationaux, issus pour la plupart des grandes universités états-uniennes, c’est une belle brochette d’économistes néoclassiques convaincus, tels Mar Reguant, spécialiste des marchés du carbone, et l’allemand Axel Börsch-Supan, qui développe des analyses critiques sur les régimes de retraite par répartition. Deux exceptions : les états-uniens Paul Krugman, proche du parti démocrate, et Dani Rodrik, pourfendeur de la mondialisation néolibérale.

Macron bat Sarkozy ! Il suffit de comparer cette commission à celle nommée par ce dernier après la crise de 2008, qui était présidée par Stiglitz et Sen, économistes nettement plus progressistes que le duo Blanchard-Tirole. Tous deux « prix Nobel », Joseph Stiglitz a mené une critique radicale du FMI et a participé à des forums sociaux mondiaux altermondialistes, tandis qu’Amartya Sen, souvent qualifié de « Nobel des pauvres », s’est engagé contre les inégalités et pour les droits humains. « Sachons nous réinventer, moi le premier », déclarait Emmanuel Macron à la télévision le 13 avril. Il y a loin de la parole aux actes…

Dominique Plihon Membre du conseil scientifique d’Attac


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