Police : Une fronde factieuse

Tous les soirs ou presque, des dizaines de policiers en service manifestent en uniforme et en armes contre ce qu’ils appellent le « lâchage » du gouvernement.

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Le pouvoir macronien tient-il encore la police ? Tous les soirs ou presque, un peu partout en France et depuis plusieurs semaines, des dizaines de policiers en service manifestent en uniforme et en armes avec leurs véhicules sérigraphiés, gyrophares allumés et parfois sirènes hurlantes, contre ce qu’ils appellent le « lâchage » du gouvernement. Ces rassemblements sauvages – nom de code #nuitsbleues sur les réseaux sociaux –, normalement proscrits, au nom du devoir de réserve, n’ont jusqu’ici donné lieu à aucune interpellation ni sanction. Ce qui contraste avec le traitement du moindre rassemblement du mouvement social. Didier Lallement, le très répressif préfet de police de Paris, a étonnamment prétendu devant une commission d’enquête parlementaire « ne pas avoir trouvé les organisateurs » de ces défilés nocturnes (lire De bonne humeur).

Ils ont pour origine les déclarations de Christophe Castaner, le 8 juin. Le ministre de l’Intérieur y annonçait la suspension automatique des agents qui feraient l’objet d’un « soupçon avéré » (sic) de racisme ainsi que la fin de l’enseignement d’une méthode d’interpellation dite « clé d’étranglement ». C’est, avec le plaquage ventral et le pliage, une des « trois techniques d’immobilisation qui étouffent et tuent », dont des collectifs de proches de victimes de violences policières ont réitéré la semaine dernière la demande de suppression dans une lettre à Emmanuel Macron. Une technique dont la dangerosité a encore été éprouvée par une gardienne de la paix gravement blessée aux cervicales par un collègue (Le Parisien, 25 juin).

Les motivations des « policiers en colère », comme ils se désignent, vont donc au-delà de l’expression d’un « mal-être » de troupes épuisées à force d’être trop sollicitées. Leur refus de reconnaître l’existence de « violences policières » et leurs pressions sur le pouvoir pour que celui-ci continue à les nier traduit une inadmissible revendication d’impunité. Le 24 juin, 200 policiers strasbourgeois ont déposé leur bâton de défense après la condamnation d’un des leurs à 18 mois de prison avec sursis pour avoir matraqué une « gilet jaune » de 62 ans.

En s’abstenant de réagir face à ce qu’il faut bien appeler une fronde factieuse, le gouvernement ne peut qu’encourager le développement d’une radicalisation liberticide des forces de l’ordre. Visible dans les attaques de plusieurs syndicats contre des avocats, des politiques et des journalistes sur les réseaux sociaux, cette radicalisation a pris un nouveau tour le 25 juin quand des dizaines de policiers ont manifesté devant le siège de Radio France. Une intimidation physique dont la gravité devrait alerter tous les démocrates.


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