Un échec rassurant

Le préfet Didier Lallement n’est peut-être pas si compétent qu’il le prétend.

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Il se dit – c’est Le Monde qui l’assure (1) – que « le pouvoir l’apprécie ». Ce n’est pas le cas de tout le monde au sein de la droite, où sa personnalité semble parfois susciter aussi quelques réserves, comme chez M. Juppé, qui, apprenant naguère sa nomination à la préfecture de la Gironde, fit paraît-il, et toujours selon Le Monde (2), ce rude sarcasme (3) : « Dis donc, il paraît qu’on m’envoie un nazi ? » Cette pique était, bien sûr, excessive.

Mais il est parfaitement exact que le préfet Didier Lallement, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un personnage troublant. C’est-à-dire, d’après mon dictionnaire préféré : « Qui rend perplexe, embarrasse, fait naître le doute ou l’inquiétude. » Car plusieurs faits font soupçonner qu’il n’est peut-être pas, dans les fonctions qui sont les siennes, si apte que lui le prétend.

Aux toutes premières heures du confinement consécutif à l’épidémie de Covid-19, par exemple, il a proclamé : « Vous me connaissez : je vais faire comprendre assez vite les consignes. » Et on l’a cru, car on le connaissait, en effet – pour l’extrême brutalité, notamment, dont ses polices ont fait preuve dans la répression, depuis bientôt deux ans, de maintes manifestations parisiennes, autorisées ou interdites. Mais ensuite, et en plein confinement, une messe de Pâques traditionaliste a été célébrée, sans qu’il l’empêche, dans une église, occupée illégalement depuis de longues années, sise dans le Ve arrondissement de la capitale.

Puis encore : il a tout récemment expliqué à des députés (4), après que des fonctionnaires de police avaient appelé à Paris à des rassemblements nocturnes interdits, « ne pas avoir trouvé les organisateurs » de ces manifestations sauvages. Or, un journaliste du quotidien Libération, qui ne disposait pourtant pas des mêmes moyens d’enquête que la préfecture, a assez vite découvert, quant à lui, que certains de ces « rassemblements » répondaient « à l’appel » d’une brigade anticriminalité parisienne. Mais il est vrai aussi que son investigation a été relativement facile, puisqu’il lui a suffi, pour arriver à cette conclusion, de passer quelques minutes sur Facebook, où un syndicat de policiers se félicitait d’avoir répondu à cet appel.

Mais il faut évidemment croire le préfet lorsqu’il soutient qu’il a, de son côté, lamentablement échoué à identifier ces fonctionnaires – et se féliciter chaudement de ce qu’il ne soit donc peut-être pas si compétent qu’il le suggère lorsqu’il se pose en vigilant gardien des « consignes ». Son échec est en somme rassurant, car il eût bien sûr été infiniment plus grave qu’il ait repéré les instigateurs de ces rassemblements, mais ait fait le choix de couvrir leur irrégularité.

(1) « Enquête sur Didier Lallement, le préfet de police à poigne d’Emmanuel Macron », par Ariane Chemin et Nicolas Chapuis, Le Monde, 23 février 2020.

(2) Ibid.

(3) Déjà mentionné dans ces pages, si mes souvenirs sont bons, par le camarade Sieffert.

(4) Lors d’une audition à l’Assemblée nationale.


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