En Tunisie, la colère des ouvrières agricoles

Dans les régions reculées, des femmes s’éreintent chaque jour dans les champs pour un salaire de misère et sans protection sociale. La crise du Covid-19 les laisse dans un dénuement total.

Une voix s’élève parmi le groupe de femmes au travail pour ramasser les tomates dans cette matinée d’été : « On brûle sous le soleil ! On n’en peut plus ! Nous sommes au-delà de la fatigue ! » Comme les autres journalières autour d’elle, Cherifa, 47 ans, s’est levée à 3 heures du matin, a rejoint un petit bourg aux alentours de -Kairouan, à 160 kilomètres au sud-est de Tunis, puis est montée à l’arrière d’un camion envoyé par son employeur du jour pour aller récolter les fruits destinés à la fabrication de concentré. Recrutées au jour le jour, au gré des besoins des agriculteurs, les ouvrières sont transportées à l’arrière de camions, entassées par dizaines, avec dans certains cas une participation aux frais. Parfois, le transporteur verse de l’eau dans le fond de la benne pour les empêcher de s’asseoir et gagner ainsi de la place.

Ce moyen de transport est illégal et sanctionné d’une amende de 700 dinars (215 euros), souvent remplacée par un bakchich de 50 ou 60 dinars. Le 27 avril 2019, treize ouvrières agricoles ont trouvé la mort dans l’accident du camion qui les conduisait sur leur lieu de travail. Le drame a d’autant plus ému qu’il est loin d’être isolé. En cinq ans, ces accidents ont fait plus de 40 morts et de 500 blessés. À la suite d’une tragédie similaire en 2018, une ligne de bus pilote avait été expérimentée, mais elle était trop chère et peu adaptée aux routes rurales. En mai 2019, la loi sur le transport terrestre a été amendée pour créer une catégorie spécifique aux ouvriers agricoles, mais la mesure attend toujours ses décrets d’application. Un collectif d’associations s’est créé pour faire pression sur le gouvernement, mais le problème est plus économique que légal.

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