MaMaMa : une chaîne en or

L’association MaMaMa, créée pendant le confinement, s’est tournée vers le soutien aux mères les plus démunies, qui n’ont parfois pas de quoi acheter le lait de leurs nourrissons.

Jean-Claude Renard  • 8 juillet 2020 abonné·es
MaMaMa : une chaîne en or
© Magali, Marguerite, Pedro et Aïcha, de l’association MaMaMa.Crédits : MaMaMa

Trois prénoms pour faire un nom. Trois amies. Magali est photographe de plateau, Marguerite travaille dans le milieu bancaire sur des applications informatiques, Marielle est scripte. Elles se sont portées bénévoles auprès de l’AP-HP et de la Croix-Rouge au moment du confinement, œuvrant pour la plateforme Covidum, dispositif de suivi pour les victimes du Covid-19. De quoi être en prise directe avec les réalités, avoir connaissance des précarités et mesurer, dès les premières semaines du confinement, combien nombre de personnes, dans la plus grande difficulté, peinaient à répondre aux questionnaires, échappaient à une bonne prise en charge ou n’arrivaient plus à se nourrir, tout simplement.

« On a d’emblée fait le constat qu’il était difficile de trouver de la nourriture infantile et des produits d’hygiène, comme des couches pour bébé, relate Marguerite. S’il y a eu des campagnes d’aide alimentaire, rien n’avait été prévu pour les nourrissons, ou très peu, en quantité très insuffisante, pour des produits qui restent chers. C’était inadmissible de savoir des mères avec de très jeunes enfants dans cette situation. Des gens ont eu faim pendant ce confinement ! Pour beaucoup de familles, le repas du déjeuner à la cantine est un réel soulagement au niveau du budget. Le confinement s’est donc révélé un coût supplémentaire pour les travailleurs précaires, et au détriment de la nourriture. On a croisé des familles démunies privées de lait pour leur bébé pendant trois jours ! Certains parents ont nourri leur enfant avec l’eau de cuisson du riz, faute de mieux ! Beaucoup de femmes se sont retrouvées brusquement sans moyens, comme les employées de ménage non déclarées, par exemple, ou certaines personnes qui travaillent à temps partiel, qui vivent d’une économie informelle. » Autant de situations qui demeurent invisibles. « Avec nos -compétences, un brin de curiosité et de l’enthousiasme, on savait qu’on pouvait être utiles, qu’il était nécessaire de s’engager, de s’investir. » C’est-à-dire dépasser le rôle de bénévoles pour un autre stade. Et de créer l’association MaMaMa, reprenant la première syllabe des prénoms de ces trois amies, pour organiser la livraison de colis alimentaires et de produits d’hygiène.

Après 2 mois d’existence, MaMaMa, c’est déjà :
  • Des actions dans 5 départements d’Île-de-France.
  • Plus de 1 700 enfants de moins de 3 ans qui ont reçu des colis alimentaires.
  • 13 tonnes de nourriture collectées.
  • 12 palettes de couches et de serviettes hygiéniques.
  • Des centaines de vêtements pour bébés collectés.
  • 27 PMI associées, dans 3 départements.
  • 1 partenariat avec la Maison des femmes de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis.
  • 21 associations partenaires.
Contact : 01 84 67 17 01 ou www.asso-mamama.fr
Au trio s’ajoute Aïcha, pédiatre à l’hôpital Ambroise-Paré à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), et Pedro, à la gestion administrative. MaMaMa contacte d’abord la Maison des femmes de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (93), en parfaite connaissance de la précarité des mères. C’est un premier partenariat et un levier pour demander aux grandes marques et aux groupes industriels d’intervenir. « On ne voulait surtout pas créer une cagnotte auprès du public, parce que beaucoup de gens ont été largement sollicités, explique l’association_. Mais plutôt voir les entreprises qui avaient du stock, des reliquats de produits. Il s’agissait d’être précises dans nos demandes ; pour telle aide, tel produit, tel don, poser un message clair, proposer des solutions. »_ En commençant par leurs propres réseaux. « On tire ainsi les fils, comme une pelote de laine. » À côté, toute une mécanique solidaire s’est mise en place. Des collectifs de quartier, des associations. Tout va très vite. Et les démarches sont tôt repérées. Mamama va alors s’appuyer sur les structures de la protection maternelle et infantile (PMI).

Les intentions et les volontés s’avancent, se précisent dans l’intuition puis l’empathie. « Il ne faut pas avoir peur, il faut oser, estime sereinement léquipe de MaMaMa. Oser parler aux décideurs, parler des réalités, s’armer d’audace. Qui plus est en période de confinement. » Et dobserver combien les demandes sont importantes en Île-de-France – particulièrement en Seine-Saint-Denis. À l’occasion, on met la main à la poche. Les stocks sont arrivés début mai, peu avant le déconfinement. Ce qui a laissé à l’association le temps de s’organiser pour la mise à disposition des produits et l’installation d’une plateforme téléphonique (offerte par une entreprise).Dans ce délai, elle s’est accordée avec les associations et les PMI, devenues essentielles, et différentes structures de soins.

Les premiers résultats sont surprenants. Avec un semi-remorque de trente-cinq palettes et l’aide d’entreprises de travaux publics dont les camions, immobilisés, sont disponibles. Toujours une affaire de réseaux : les premières palettes de biberons et de produits alimentaires débarquent dans les entrepôts d’un loueur de projecteurs de cinéma, qui, justement, en période de confinement, a cessé son activité. Mieux même : ce sont plusieurs tonnes de produits qui s’additionnent. Avec l’aide d’entreprises et de transporteurs, qui vont du concessionnaire au technicien laissant son véhicule à disposition. « On n’a pas idée combien les gens peuvent s’investir, dit d’une seule voix -l’association. De tous bords. Et s’il y a une chose à retenir, c’est bien cette chaîne de solidarité, les relations, des petits artisans aux plus grandes entreprises en passant par les particuliers. C’est comme ça qu’on récupère deux biberons, trois peluches et un lit pour bébé. »

Du tout-utile pour une bénéficiaire comme Fatou, par exemple, hébergée dans un hôtel social à Rungis, seule avec son petit garçon de neuf mois, bienheureuse d’avoir été, au gré des amis et du bouche-à-oreille, en contact avec MaMaMa. « Ils m’ont fourni tout un kit pour mon enfant, des couches, des lingettes, du lait, des petits pots. J’ai été livrée plusieurs fois. J’espère que ça va continuer. »

Pour MaMaMa, il s’agit maintenant de poursuivre l’aventure (car c’en est une). Tout en regrettant « les inégalités de fait » sur le terrain. Mais l’association entend bien « rendre visibles des réalités, le quotidien de certains parents ». Les artistes du 6b, lieu de création et de diffusion à Saint-Denis, organisent une exposition-vente de leurs œuvres dont les bénéfices aideront à renflouer les caisses de MaMaMa, pour acheter plus de produits. Jusqu’au 8 août, l’association bénéficie des studios désertés de la Plaine-Saint-Denis, prêtés par l’agglomération Plaine Commune. Pour la suite, elle devra chercher de nouveaux locaux pour stocker les marchandises. Enjeu crucial, tout comme l’aide des bénévoles et les dons.

« S’il est positif, le bilan reste choquant, conclut Marguerite. Qu’il faille compter sur une association, les Restos du cœur ou une autre, dans un État comme la France, c’est choquant. Plus encore quand il s’agit d’aider des familles avec de jeunes enfants, des bébés. »

Société Santé
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