Bolsonaro accusé de génocide

Covid minimisé, mesures entravées, déforestation… L’attitude du Président est vue comme une attaque délibérée à l’encontre des peuples autochtones, très affectés par le virus.

L’apostrophe a suscité des remous au Brésil. Début juillet, Gilmar Mendes, président du Tribunal suprême fédéral, plus haute instance judiciaire du pays, interpelle durement l’armée, « qui s’associe à ce génocide ». C’est d’abord le gouvernement Bolsonaro qu’il vise. En avril, déjà, il mettait en garde le président, « que la Constitution n’autorise pas à adopter des politiques génocidaires, qui affectent de manière cruciale et globale la vie des gens ». Jair Bolsonaro, réfutant les mesures de distanciation ainsi que le confinement, chantre de la controversée hydroxychloroquine, a provoqué la démission de deux ministres de la Santé. C’est aujourd’hui un général sans expérience sanitaire qui est en poste, entouré de nombreux militaires.

Le Brésil comptabilise à ce jour 4,3 millions de cas de Covid-19 et 132 000 morts, mais les statistiques sont notoirement sous-estimées. Alors que le système de santé du Brésil est réputé le meilleur du sous-continent, le gouvernement aurait pu éviter 90 % des décès, affirment des médecins.

La désinvolture avec laquelle Bolsonaro considère l’épidémie depuis le début, priorisant l’activité économique au détriment des mesures sanitaires, a suscité plusieurs saisines du procureur général de la République, mais sans succès. Aussi trois plaintes ont-elles été déposées auprès du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye pour « crime contre l’humanité », par une association de juristes (ABJD), un parti de gauche (PDT) ainsi qu’un vaste réseau de syndicats de la santé et de mouvements sociaux (UNISaúde). Elles dénoncent une série de manquements mettant en péril la vie des personnes : minimisation systématique de la gravité de l’épidémie, diffusion de fausses informations, gestion défaillante, rejet des normes de santé publique, mise en danger du personnel médical, etc.

Fin 2019, les collectifs de défense des droits humains CADH et Commission Arns avaient déjà saisi le TPI pour incitation par le gouvernement « au génocide des peuples autochtones et attaques systématiques des droits socio-environnementaux ». Dès son investiture, Bolsonaro avait annoncé le gel de toute nouvelle démarcation de « territoires indigènes » (pourtant un droit constitutionnel), puis affaibli des services de santé destinés à ces populations souvent très éloignées des centres urbains, nommé un évangéliste lié à des missions d’évangélisation des autochtones à la tête de l’agence chargée de la protection des peuples indigènes (Funai), et largement ouvert l’Amazonie à l’agro-industrie, aux industries minières, aux orpailleurs et aux forestiers.

Cette plainte a depuis été enrichie.

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