Danièle Obono : « Le plus grave est leur arrogance et leur sentiment d’impunité »

La députée Danièle Obono (LFI) est depuis longtemps visée par des attaques xénophobes et sexistes. Elle répond dans Politis à l’ignoble « roman » de Valeurs actuelles la mettant en scène comme esclave de marchands arabes.

C’est peu de dire que le dernier épisode du « roman d’été » de Valeurs actuelles a fait parler. Transposant la députée insoumise Danièle Obono au XVIIIe siècle dans une Afrique précoloniale de pacotille où elle est réduite en esclavage par un chef de tribu qui va la vendre à un cruel et (évidemment) sournois notable arabo-musulman, l’histoire est caricaturale mais aussi travaillée pour renvoyer aux préjugés et automatismes racistes des lecteurs de l’hebdomadaire d’extrême droite (lire page 8). Et pour parfaire l’ignominie, des dessins montrent la députée fers aux pieds, enchaînée par le cou.

Femme noire élue des XVIIIe et XIXe arrondissements de Paris, engagée contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie, Danièle Obono estime que la gravité des faits réside surtout dans la banalisation du discours d’extrême droite, désormais omniprésent dans les médias traditionnels, qui permet la publication d’un tel texte. Comme pour lui donner raison, une semaine après la publication du fameux épisode de ce « roman d’été », Louis de Raguenel, rédacteur en chef à Valeurs actuelles, démissionnait… pour prendre la tête du service politique d’Europe 1. La société des rédacteurs de la radio est vent debout, la direction tente de justifier son choix, et pendant ce temps Danièle Obono porte plainte contre la publication – déjà condamnée par le passé pour « incitation à la haine raciale »…

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez découvert les illustrations et le texte de Valeurs actuelles ? Était-ce douloureux ?

Danièle Obono : Dans un premier temps, je n’ai pas fait très attention, parce que je reçois souvent des notifications de personnes qui m’insultent ou d’amis qui m’alertent à ce sujet. Mais Mathilde Panot [sa collègue députée (LFI) du Val-de-Marne] a réagi et c’est alors que je me suis vraiment arrêtée sur cet article. L’image, en particulier, m’a interpellée. Du texte, dès la première page, le message était déjà assez clair. C’est une violence symbolique, et même physique, très forte.

Je ne dirai pas que c’était douloureux parce que ça fait trois ans que je suis l’objet d’attaques régulières, alors j’essaye de me blinder. Mais même si l’on peut se recouvrir d’une armure, on demeure exposé et les coups portent. Voir une image de soi aussi dégradante, cela souille malgré tout. J’ai donc eu une réaction immédiate de dégoût et de colère. Vis-à-vis de Valeurs actuelles (VA), mais surtout par rapport à l’impunité : comme si c’était une ligne d’attaque politique légitime. Parce que ce texte n’est pas vraiment une fiction : VA est un organe d’extrême droite qui défend des thèses racistes, xénophobes… Le plus grave est qu’ils se sentent à l’aise de le faire, de le publier, parce que le contexte le leur permet. Avec arrogance et un sentiment d’impunité. C’est cela qui m’a profondément révulsée.

Comment analysez-vous la présentation de l’esclavage par Valeurs actuelles ?

Je pense que c’est d’abord une instrumentalisation, un choix assumé, annoncé d’emblée. Où ils vont expliquer à Danièle Obono la réalité de l’esclavage, en particulier celui de la traite arabo-musulmane. Mais l’enjeu n’est pas d’établir la réalité de cet esclavage. Personne n’a attendu VA pour cela, il y a quantité de travaux sur ce sujet. Le récit de VA est un texte révisionniste qui veut réécrire l’histoire pour l’instrumentaliser. L’enjeu est de renverser la charge de la responsabilité et de prétendre que ce sont les Africains eux-mêmes qui sont responsables. Cela s’inscrit donc dans une stratégie politique, typique de l’extrême droite, qui s’emploie à dédouaner les Européens (et les Français) de leurs responsabilités dans l’esclavage.

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