Les juges en guerre pour leur indépendance
L’enquête administrative lancée par le ministre contre trois magistrats du parquet national financier a mis le feu aux poudres. Parquetiers et magistrats du siège exigent des garanties.
dans l’hebdo N° 1621 Acheter ce numéro

A ssis, debout, mais pas couchés ! » s’époumone un groupe en robes noires et rouges devant le tribunal judiciaire de Paris. Il y a quelque chose d’à la fois rassurant et de terrible dans ce regroupement inédit dans toute la France, en ce jeudi 24 septembre. Rassurant, car d’habitude peu enclins à se dévoiler, ils sont là, osant crier leur colère, fumigènes à la main. Faut-il que la situation ait atteint un degré critique ? Terrible, car, de fait, elle l’a atteint.
Déjà, la nomination du garde des Sceaux, en la personne du très médiatique avocat Éric Dupond-Moretti, avait suscité les inquiétudes. « Acquitator » – surnom qui lui a été donné au regard du nombre d’acquittements qu’il a obtenus dans sa carrière – n’aime pas trop les magistrats_. « On a deux types de rapport avec les magistrats, soit un rapport de respect mutuel, soit un rapport de force »_, disait-il en 2015. Le lancement, le 18 septembre, d’une enquête administrative contre trois juges du parquet financier a fini de convaincre les juges : Dupond-Moretti a choisi le rapport de force.
L’ombre de SarkozyCette enquête administrative a été lancée par le ministre à la suite du rapport de l’inspection générale de la justice (IGJ) sur le fonctionnement du parquet national financier (PNF). Un rapport réclamé par l’ancienne garde des Sceaux, Nicole Belloubet, en juin dernier, après les révélations du Point sur l’existence d’une enquête préliminaire du PNF lancée en 2014 pour trouver l’identité d’une taupe au sein de l’appareil judiciaire. Cette taupe aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, que la ligne téléphonique sur laquelle ils semblaient organiser la corruption du juge Gilbert Azibert était cramée. La ligne téléphonique était au nom de Paul Bismuth.
Des centaines de fadettes – factures téléphoniques détaillées – sont épluchées par les enquêteurs. Celles de plusieurs avocats, de cabinets, mais aussi de téléphones fixes du parquet. Éric Dupond-Moretti, ami proche de Thierry Herzog, dénonce une « clique des juges qui s’autorisent tout