Les juges en guerre pour leur indépendance

L’enquête administrative lancée par le ministre contre trois magistrats du parquet national financier a mis le feu aux poudres. Parquetiers et magistrats du siège exigent des garanties.

Nadia Sweeny  • 30 septembre 2020 abonné·es
Les juges en guerre pour leur indépendance
© Samuel Boivin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

A ssis, debout, mais pas couchés ! » s’époumone un groupe en robes noires et rouges devant le tribunal judiciaire de Paris. Il y a quelque chose d’à la fois rassurant et de terrible dans ce regroupement inédit dans toute la France, en ce jeudi 24 septembre. Rassurant, car d’habitude peu enclins à se dévoiler, ils sont là, osant crier leur colère, fumigènes à la main. Faut-il que la situation ait atteint un degré critique ? Terrible, car, de fait, elle l’a atteint.

Déjà, la nomination du garde des Sceaux, en la personne du très médiatique avocat Éric Dupond-Moretti, avait suscité les inquiétudes. « Acquitator » – surnom qui lui a été donné au regard du nombre d’acquittements qu’il a obtenus dans sa carrière – n’aime pas trop les magistrats_. « On a deux types de rapport avec les magistrats, soit un rapport de respect mutuel, soit un rapport de force »_, disait-il en 2015. Le lancement, le 18 septembre, d’une enquête administrative contre trois juges du parquet financier a fini de convaincre les juges : Dupond-Moretti a choisi le rapport de force.

L’ombre de Sarkozy

Cette enquête administrative a été lancée par le ministre à la suite du rapport de l’inspection générale de la justice (IGJ) sur le fonctionnement du parquet national financier (PNF). Un rapport réclamé par l’ancienne garde des Sceaux, Nicole Belloubet, en juin dernier, après les révélations du Point sur l’existence d’une enquête préliminaire du PNF lancée en 2014 pour trouver l’identité d’une taupe au sein de l’appareil judiciaire. Cette taupe aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, que la ligne téléphonique sur laquelle ils semblaient organiser la corruption du juge Gilbert Azibert était cramée. La ligne téléphonique était au nom de Paul Bismuth.

Des centaines de fadettes – factures téléphoniques détaillées – sont épluchées par les enquêteurs. Celles de plusieurs avocats, de cabinets, mais aussi de téléphones fixes du parquet. Éric Dupond-Moretti, ami proche de Thierry Herzog, dénonce une « clique des juges qui s’autorisent tout

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Police / Justice
Temps de lecture : 11 minutes

Pour aller plus loin…

« Les évangéliques étaient très disposés à embrasser un personnage comme Trump »
Entretien 29 janvier 2026

« Les évangéliques étaient très disposés à embrasser un personnage comme Trump »

Chercheur spécialiste des courants évangéliques, Joan Stavo-Debauge met en perspective l’histoire de la droite chrétienne religieuse avec l’action de Donald Trump.
Par Hugo Boursier
« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »
Rassemblement 28 janvier 2026 abonné·es

« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »

Fondé en mai par le député de Paris Pouria Amirshahi (apparenté Écologiste et social), le mouvement La Digue s’emploie à constituer un front transpartisan contre le mouvement fascisant emmené par Donald Trump. En appelant à un rassemblement, soutenu par la Ligue des droits de l’Homme, « en solidarité avec le peuple américain », sous le coup de la répression de la police de l’immigration, ce mercredi, à Paris.
Par Olivier Doubre
« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »
Entretien 27 janvier 2026 abonné·es

« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »

L’anthropologue Clara Lecadet décrit comment les personnes expulsées de France ou d’Europe s’organisent pour donner une visibilité politique à leur situation dans l’espace public de leur pays d’origine ou de renvoi.
Par Pauline Migevant
« Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné »
Témoignage 27 janvier 2026

« Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné »

Arrivé en France à l’âge de 16 ans, Mouminy a été visé par trois OQTF entre ses 18 et ses 22 ans. Après avoir été expulsé en Guinée en 2018, il a pu revenir en France légalement, grâce à des réseaux de solidarité.
Par Pauline Migevant