Dossier : Violences : une réalité très augmentée

Sécurité, une préoccupation surtout politicienne

Engagés dans une surenchère dangereuse avec Marine Le Pen dans la perspective de 2022, Emmanuel Macron et son gouvernement entretiennent le mythe d’une France « malade de son insécurité ».

Jean Castex en convient : « Quand on regarde les statistiques d’insécurité de l’été 2020 par rapport à l’été 2019 ou 2018, il n’y a objectivement pas une explosion de la violence », déclare-t-il dans un entretien au Figaro (3 septembre). Pourquoi donc son gouvernement en fait-il des tonnes sur la sécurité ? Car ce thème est bel et bien devenu central dans les propos du chef de l’État comme de ses ministres, qui dénoncent tous une « banalisation de la violence » et promettent des mesures rapidement. Une « banalisation » qui « inquiète » également Yannick Jadot, pour qui ce « n’est pas simplement un sentiment d’insécurité » mais « une réelle insécurité ».

Le même Jean Castex appelait deux jours auparavant les forces de l’ordre et la justice à se « mobiliser face à la montée de l’insécurité ». Matignon collait ainsi à la demande de l’Élysée de voir les questions de « l’ordre républicain » et de « sécurité et justice » figurer au menu du séminaire de rentrée du gouvernement, le 9 septembre. Lors du conseil des ministres du 26 août, le chef de l’État « a été très clair sur le fait que ce sujet figurait en priorité à l’ordre du jour du séminaire gouvernemental », a déclaré Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement.

Priorité du gouvernement en cette rentrée, la sécurité des biens et des personnes est loin d’être la première préoccupation des Français. Tous les sondages l’attestent. Dans un sondage Viavoice pour Libération, réalisé fin août, elle ne constituait un « enjeu prioritaire » que pour 33 % des personnes interrogées. Loin derrière l’emploi et la lutte contre le chômage (48 %), le système de santé et de soins (46 %), l’environnement et le pouvoir d’achat (40 % chacun). Et si, fin juillet, 68 % des personnes interrogées par l’institut Odoxa déclaraient se sentir en insécurité contre 58 % six mois auparavant, cette forte hausse était davantage due au risque d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 (66 %) qu’à un risque pour leur sécurité quotidienne (35 %).

C’est pourtant cette dernière qui mobilise le gouvernement, alors que les récits de faits divers ont rythmé tout l’été. Et cette mobilisation menée sur un ton martial ne va pas sans surenchères lexicales et démagogiques.

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