L’évaluation des politiques publiques mise à mal

La loi Asap signe la fin de plusieurs commissions d’évaluation des actions publiques, dont celles relative au suivi de la détention provisoire et l’observatoire de la récidive.

Nadia Sweeny  • 6 octobre 2020
Partager :
L’évaluation des politiques publiques mise à mal
© Photos : Les missions de la commission de suivi de la détention provisoire seront désormais exercées directement par le ministère de la Justice (Thomas COEX / AFP / POOL)

C’était pourtant l’un des leitmotivs de la campagne d’Emmanuel Macron : l’évaluation des politiques publiques. Aujourd’hui, les premiers articles de la loi Asap font table rase d’un bon nombre de commissions d’évaluation des actions publiques. Une dizaine sont ainsi supprimées : accessibilité, gestion de l’espace, évaluation des politiques d’Outre-mer, suivi des conséquences des essais nucléaires. Terminé aussi la commission de suivi de la détention provisoire, pratique judiciaire toujours au cœur des débats sur la présomption d’innocence, fini également l’observatoire de la récidive. La raison de ces disparitions oscille entre plusieurs explications officielles : ce n’est plus utile, les commissions ne se réunissent plus, ou « leurs missions peuvent être directement exercées par le ministère ». Bonjour l’indépendance…

Sans compter que les administratifs « n’ont pas le temps : ils sont tous prisonniers de la commande politique, s’étouffe Christian Mouhanna, directeur de recherches au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Qui va aujourd’hui réfléchir à la politique pénale au ministère ? Personne. »

Composées de parlementaires, chercheurs et professionnels, ces commissions avaient la possibilité de se faire communiquer tout document utile et d’interroger les acteurs de terrains. Elles étaient chargées de réunir les données juridiques, statistiques et, pour celles concernant la justice, pénitentiaires, qu’elles rassemblaient dans des rapports réguliers.

Pour la détention provisoire, la commission permettait notamment d’évaluer les impacts des décisions politiques en matière de surpopulation carcérale. « C’est stupide d’avoir éliminé ces commissions, souffle Christian Mouhanna. Non seulement elles ne coûtent rien, mais en plus, en ce qui concerne la détention provisoire, celle-ci augmente régulièrement et les raisons principales sont liées aux problèmes de gestions de la justice. Tout ceci est une étape de plus vers l’élimination progressive de la réflexion politique. On est dans l’action-réaction : on détruit des instances de discussions et d’échanges. C’est une caricature de la politique publique. » Ne plus réfléchir, c’est une façon comme une autre de « simplifier » l’action publique.

>> Consulter tous les articles de notre dossier sur la loi Asap

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À gauche, le casse-tête de la candidature
Gauche 13 mai 2026

À gauche, le casse-tête de la candidature

À gauche, la désignation présidentielle est devenue un piège autant qu’une nécessité. Derrière les appels à l’union persistent des fractures stratégiques et idéologiques. Tour d’horizon des options.
Par Pierre Jacquemain
De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Gauche : le piège du RN
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

Gauche : le piège du RN

La possibilité d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne relève plus de la fiction politique. Face à une société fracturée, la gauche peine à retrouver un récit commun et une stratégie de conquête capables d’incarner une alternative majoritaire.
Par Pierre Jacquemain
2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé

Fragmentée par ses contradictions sur l’immigration, les questions identitaires, l’écologie et l’international, la gauche française apparaît prisonnière d’un désordre qui dépasse largement ses querelles d’appareil. Elle peine à reconstruire un récit commun capable de répondre à la peur du déclassement comme aux défis démocratiques et climatiques.
Par Denis Sieffert