Plan pauvreté : L’obstination au pouvoir

Les récentes annonces sur le terrain de la lutte contre la pauvreté sont proches du néant.

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Le gouvernement est décidément incapable de penser contre lui-même et de concevoir son action autrement qu’à travers un effroyable dogmatisme. Ses récentes annonces sur le terrain de la lutte contre la pauvreté sont proches du néant : pour l’essentiel, il s’agit de distribuer des primes ponctuelles, certes importantes, de 150 euros aux allocataires du RSA, aux jeunes non-étudiant·es touchant les APL et aux étudiant·es boursier·es. Mais aucune hausse du RSA ni de généralisation aux moins de 25 ans, comme le réclament les associations de lutte contre la pauvreté. Pour les jeunes, il se contente de mesurettes dédiées à l’insertion par l’activité professionnelle, avec l’arrière-pensée à peine dissimulée selon laquelle les pauvres n’ont qu’à se retrousser les manches.

Côté social, il faut toutefois remarquer que ne rien faire reste l’idée la plus louable que Jean Castex et son gouvernement aient eue jusqu’alors : laisser au frigo la réforme des retraites et le projet de « revenu universel d’activité » conditionnant le RSA à du travail « volontaire » ; accorder aux chômeurs trois mois de répit supplémentaire avant l’entrée en vigueur des nouveaux modes de calcul (au 1er avril 2021, donc)… Le gouvernement a dû se résoudre à prolonger la pause dans son travail de sape du modèle social français. Il livre au passage un implacable aveu : sa politique accroît la pauvreté et multiplie les effets de la « crise ».

Un seul exemple : l’Unedic, qui gère l’assurance-chômage, a refait ses calculs pour prendre en compte les conséquences économiques de la crise du coronavirus dans son étude d’impact de la réforme de l’assurance-chômage. Le résultat est spectaculaire. À cause de la dégradation des conditions d’emploi – ou grâce, c’est selon –, l’économie budgétaire attendue par l’institution avec les nouvelles règles de calcul des droits augmenterait de 18 % par rapport à la même estimation avant la pandémie. La « réforme », en ciblant les plus précaires, démultiplie donc les conséquences de la pandémie. Malgré ce constat, Jean Castex garde le doigt sur la gâchette et promet de faire feu dès la première éclaircie.

En attendant, et après huit mois de crise économique, le volet pauvreté des mesures d’urgence représente moins de 2 milliards d’euros, toutes aides ponctuelles prises en compte. C’est quinze fois moins que ce qu’a coûté jusqu’alors le chômage partiel, et cinq fois moins que la baisse d’impôt accordée aux entreprises. Voilà où « le pognon » ne va pas, Monsieur le président. Voilà ce qui devrait vous sembler « dingue ».


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