Islamisme : de quelle « guerre » parle-t-on ?

Les attentats terroristes ont réveillé des pulsions belliqueuses, mais certaines mesures envisagées risquent de désigner toute la population musulmane comme ennemie. Ce qui donne des arguments aux jihadistes, qui poussent à la guerre civile.

Au lendemain des trois attentats abjects qui ont endeuillé le territoire français, la guerre est de nouveau déclarée à « l’islamisme radical », à « l’islamisme » tout court, ainsi qu’à « l’islam radical » :des termes fourre-tout censés définir les « ennemis de la République ». Déjà en juillet, la ministre Marlène Schiappa avait annoncé le renouveau du combat sous la forme d’une loi d’abord évoquée comme un renforcement de la laïcité, puis clairement énoncée contre le « séparatisme islamiste ». En question : la fin des créneaux de piscine réservés aux femmes, des menus « confessionnels » à l’école, des enseignements langues et cultures d’origine (Elco), des 300 imams formés et rémunérés par le Maroc, l’Algérie ou la Turquie, vus – à raison – comme des chevaux de Troie d’agendas politiques étrangers.

Un projet de loi fourre-tout, qui doit être présenté le 9 décembre en Conseil des ministres et dans lequel, aguerri par les derniers événements, chacun propose d’ouvrir des fronts : Éric Ciotti veut un « Guantánamo » à la française, les sénateurs LR réclament l’interdiction du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires… Le voile, justement : « Symbole qui signifie que le mariage n’est possible qu’avec un musulman », affirme l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, qui y voit « une manifestation de séparatisme »… De son côté, Marlène Schiappa remet sur la table sa proposition de cibler la polygamie (déjà interdite en France) ou l’inégalité devant l’héritage (idem), clamant vouloir « fermer des lieux islamistes ».

Aucune de ces mesures n’aurait empêché les trois dernières attaques sur le territoire français, commises par des primo-arrivants sans lien d’allégeance et dont aucune des actions n’a été revendiquée par des groupes armés, contrairement à l’attentat de Vienne. Journaliste et spécialiste des mouvements jihadistes, Wassim Nasr estime, au regard de ce que nous savons des attentats en France, qu’ils sont plutôt liés à du fanatisme religieux pur et à une « incompatibilité culturelle de certains migrants primo-arrivants qui crée un facteur de risque. Au Pakistan [pays d’origine de l’assaillant qui a frappé devant l’ancien local de Charlie Hebdo, NDLR], le blasphème est puni de la peine de mort. Ce qui est radical ici peut être la norme ailleurs », explique le journaliste. Or « on a le même débat aujourd’hui que ceux qu’on a eus après les attaques du 13 novembre 2015 et celle des frères Kouachi, menées par des Français, des Européens : le problème n’est pas le même. Il faut compartimenter pour trouver les bonnes solutions. »

Par ailleurs, dans leur communication, les groupes jihadistes n’évoquent pas les auteurs comme des « soldats du califat » ni même comme des « jihadistes », mais comme de simples jeunes musulmans : « Leur objectif est d’effacer la zone grise entre eux et le commun des musulmans », affirme le journaliste, constatant que « cette bulle autour des caricatures a élargi le spectre des personnes susceptibles de passer à l’acte, parce qu’elle cristallise autour de la foi et pas autour d’une cause géopolitique, telle la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël », qui mobilise nettement moins les foules. Un élargissement dangereux car il rend très difficile le repérage de ces individus par les services de renseignement. Un élargissement que la « guerre » menée par le gouvernement semble appuyer.

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