« Un petit souffle et j’allais tomber », par Luce Mouchel : Un moment d’enfance

Une belle tentative de spectacle en direct sur Internet par Luce Mouchel. Une alternative opportune qui explore aussi un nouveau champ.

Gilles Costaz  • 11 novembre 2020 abonné·es
« Un petit souffle et j’allais tomber », par Luce Mouchel : Un moment d’enfance
© Jérôme Cuenot

Puisqu’il y a le télétravail, pourquoi pas le théâtre à distance ? Lors du premier confinement, un certain nombre de tentatives utilisant Internet ont eu lieu. Il ne s’agit pas là de captations, de mises en boîte à la façon du cinéma, mais de la transmission d’une action immédiate, suivie par un public qui a réservé son droit à en être le spectateur depuis son domicile.

L’acteur Robert Plagnol, qui avait joué La Femme de ma vie d’Andrew Payne sur son site directautheatre.com (et le joue toujours), persévère et commence à accueillir d’autres spectacles, qui sont actuellement des monologues. Luce Mouchel, qu’on connaissait exclusivement comme actrice, s’y révèle une auteure intéressante avec son propre texte, _Un petit souffle et j’allais tomber, qu’elle interprète elle-même.

Seule dans une grande chambre d’enfant, parmi les livres, les jouets et les photos, une femme revit les moments où elle n’avait pas 10 ans. Un carnet de dessin à la main, elle note des mots essentiels, évoque son entourage, remue comme une gamine, se couche au sol, trépigne, se déplace, grignote. Une photo la trouble particulièrement, et le rappel d’un moment d’attente (on lui a annoncé quelque chose de mystérieux, ce sera l’arrivée d’une petite sœur) l’emmène loin dans ses souvenirs.

Ce qui survit dans notre mémoire et resurgit comme un trésor est le plus souvent essentiel. Il faut juste trouver les mots, ce qui n’est pas facile, mais Luce Mouchel semble les saisir sans efforts dans un passé où tout est éclatant, les émotions comme les plaisirs.

Le moment retransmis par la Toile n’a pas été improvisé. Il a été mis en scène par Pierre-Alain Chapuis, qui a parfaitement accordé le jeu en gros plan et le mouvement de l’actrice. Sans remplacer la relation d’un spectacle sur une scène avec un public (théâtre, quand reviendras-tu ?), l’exercice est séduisant et offre des possibilités que le confinement devrait pousser à explorer.

Luce Mouchel a choisi, elle, de dialoguer avec les spectateurs après la représentation. C’est une des voies que l’on peut suivre. Le jeu avec la caméra est également à étudier : offre-t-il une vision voyeuriste, comme à travers un trou de serrure, comme c’était un peu le cas avec la pièce d’Andrew Payne, ou bien un long et fascinant gros plan d’une heure attaché aux variations d’un visage ? Ce qui est certain, c’est que ce type de transmission n’est pas froid ou clinique, mais intègre deux éléments brûlants du théâtre, le jeu et l’instant présent.

Un petit souffle et j’allais tomber, www.directautheatre.com, les vendredis, samedis et dimanches, 21 heures.

Théâtre
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