USA : « Jamais ce pays n’a été aussi divisé »

Selon Sylvain Cypel, la mission réconciliatrice de Biden s’annonce compliquée dans un pays en proie à une crise morale et politique profonde exacerbée par quatre ans de trumpisme.

Sylvain Cypel, journaliste, est un observateur assidu de la société et de la politique des États-Unis, où il a été correspondant pour le quotidien Le Monde de 2007 à 2013. Il est notamment l’auteur d’Un Nouveau rêve américain, la fin de l’Amérique blanche (Autrement, 2015) et de Liberty (Don Quichotte, 2016) sur les enjeux de l’immigration états-unienne. Il analyse la fracture sociale qui coupe le pays en deux, et que Trump a exacerbée au point que l’hypothèse d’une guerre civile agite certains cerveaux.

Présidentielle, Chambre, Sénat : lors de ces élections, les sondages ont encore surestimé l’avance démocrate, de manière certes moins flagrante qu’en 2016. Comment l’expliquer ?

Sylvain Cypel : Certains commentateurs prédisaient même un tsunami en faveur des démocrates ! Une fois de plus, très peu d’instituts de sondage se sont approchés du résultat réel. Ce qui rappelle ce que nous avons connu en France avec le Front national : au début de son essor, les enquêtes d’opinion sous-estimaient fortement sa popularité. Aux États-Unis, on constate que les divers correctifs appliqués pour « redresser » les sondages, technique classique pour corriger leurs biais, sont faussés par une mauvaise connaissance de ce public, qui leur échappe. Les pro-Trump détestent ces instituts, ils leur vouent une défiance insondable. Leur président considérait tous les sondages qui lui étaient défavorables comme truqués.

La solidité du camp pro-Trump n’en finit pas d’étonner en France. Quel en est le ressort ?

J’y vois deux explications qui se rejoignent, l’une sociale et l’autre ethno-raciale. Que ce soit en 2016 ou en 2020, le slogan de Trump c’était « Make America great again » – rendons sa grandeur à l’Amérique. Il s’adressait aux ouvriers blancs et à leurs enfants qui ont la nostalgie d’une époque où leur classe était bénéficiaire de l’immense puissance industrielle des États-Unis. Dans la Rust Belt, cette « ceinture de la rouille » qui désigne les États des Grands lacs qui concentraient ces industries aujourd’hui à l’arrêt, ces enfants racontent que leur père, contremaître dans le secteur de l’automobile, parvenait à faire vivre correctement sa famille, femme et deux enfants, avec son seul salaire. Aujourd’hui, avec deux salaires et un unique enfant, ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ces personnes, qui ressentent un profond sentiment de déclassement, restent perméables aux promesses de Trump de ressusciter l’aisance du monde d’antan.

Il prétend avoir réussi, sur le plan du redressement économique…

Voilà bien l’un des exploits de sa rhétorique : avoir convaincu de sa réussite économique. Or, les chiffres montrent… le contraire !

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