Il te reste un peu de Tranxène ?

En France des Lumières, contrairement aux États-Unis, le Président ne ment jamais, il compose.

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Un rapide sondage auprès d’un échantillon représentatif de mes potes m’a permis de constater qu’ils et elles sont 15 % à se dire extraordinairement stressé·es par les diverses calamités politiques et sanitaires qui nous pleuvent dessus depuis des mois, et 110 % à ne plus supporter du tout que nos vies ressemblent désormais à un vieux film catastrophe à deux balles des années 1970 – à ceci près, naturellement, que cette fois nous savons tou·tes que Charlton Heston ne va pas du tout réussir à poser la dernière moitié du Boeing sur le sommet de l’Everest.

Et je suis d’accord avec tout ça, bien sûr – mais je me rassérène en regardant ce qui se passe aux États-Unis et en constatant que nous restons, malgré tout, beaucoup mieux loti·es que les Yankees. Car, tout de même, il ne faudrait pas oublier que ces pauvres gens subissent depuis quatre ans un président qui faisait l’objet, lorsqu’il a été élu, de plusieurs accusations de viol et d’agression sexuelle. Qui, depuis le tout premier jour de son mandat, érige le mensonge en vérité (« alternative »), et qui gave ainsi les riches tout en jurant qu’il est le sauveur des pauvres. Qui se complaît dans la vénération des pires tyrans de la planète. Qui soutient ouvertement des médias antisémites, nationalistes et xénophobes. Qui excite en somme toutes les haines (1) et qui dans le même temps lance contre les protestataires des répressions policières d’une indicible brutalité. Et que sais-je encore.

Alors qu’ici, du moins, en France des Lumières, où tout est toujours tellement plus raffiné que dans le reste du monde : ces choses-là n’ont pas cours. Ici, le chef de l’État, depuis quatre ans, ne promeut jamais un affidé qui fait l’objet d’une plainte pour viol sans lui avoir d’abord fait confirmer d’« homme à homme » qu’elle est sans objet. 

Ici, le chef de l’État entretient, plutôt que des adorations déplacées, des amitiés triées – pour M. Al-Sissi, par exemple. Ici, le chef de l’État n’excite aucun ostracisme : il cultive tout au contraire le dialogue et la tolérance – en accordant par exemple un entretien « exclusif » à un magazine condamné pour provocation à la discrimination envers les Roms. Ici, le chef de l’État ne réprime aucune contestation et n’encourage aucune violence policière : en homme de concorde, il maintient plutôt sa confiance au préfet Lallement. Puis bien sûr, ici, le chef de l’État ne ment jamais : il compose. Par exemple : il peut « en même temps » supprimer l’ISF et proclamer qu’il n’est aucunement le président des riches.

De sorte qu’au lieu de nous laisser gagner par la morosité, nous devrions toujours nous poser ces deux importantes questions : mesurons-nous bien que, dans cette époque de malheur, nous avons tout de même beaucoup de chance ? Et est-ce qu’il te reste un peu de Tranxène ?

(1) S’il te plaît : ne viens pas m’expliquer qu’oui, mais quand même, il y a cinq Noir·es et sept Latinos qui ont voté pour lui, et en plus les démocrates aussi ont des B-52, alors c’est plus compliqué que ça, tu ouas ? Épargnons-nous ces moments de gêne.


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