Le feu théâtral des ados

Dans un livre-manifeste, Marco Martinelli évoque sa « non-école » au service des jeunes d’Italie et d’ailleurs.

Il est rare qu’un essai ou un témoignage sur le théâtre soit joyeux et réconfortant. C’est la surprise que nous réserve Aristophane dans les banlieues de Marco Martinelli, le récit-manifeste d’un artiste que nous connaissons mal. Martinelli a parfois travaillé en France, notamment à la Rose des vents de ­Villeneuve-d’Ascq et au Festival des francophonies de Limoges, mais on ne l’a jamais vu à Paris ou à Avignon. Son ancrage est à Ravenne, où il a créé, avec Ermanna Montanari, le Teatro delle Albe et où il invente, dans les années 1980, la « non-école ». L’idée maîtresse est de travailler avec les adolescents et d’inverser les rôles : il ne s’agit plus de placer les jeunes dans un projet ­prédéterminé, mais de les mettre au centre, avec leurs corps, leurs mots, leurs vies, en leur faisant interpréter à leur manière de grands textes.

Aristophane, le plus irrespectueux et le plus sexuel des classiques, est l’un des auteurs adoptés par la non-école, mais au même titre que Sophocle, Euripide, Molière, de la même manière ressuscités et bousculés. Le culturel et le sauvage, le littéraire et le spontané se défient et s’associent dans ces créations jouées par des ados italiens ou des jeunes des quartiers difficiles de Chicago ou de Nairobi… L’idée de Martinelli est de ne jamais faire son propre spectacle, mais celui des jeunes en qui il allume le feu du théâtre. Une abnégation peu courante dans un art par nature narcissique !

Pourquoi ce livre ? Un témoignage ? Le besoin de montrer une voie que peu d’artistes empruntent ?

Marco Martinelli : C’est l’éditeur milanais Ponte alle Grazie qui me l’a demandé. Il m’a dit : « Conte la longue histoire de la non-école. » C’est donc le récit d’une expérience qui s’appuie sur une conception et sur une théorie. Cela peut intéresser des artistes, des professeurs et même, si j’ose employer le mot, le peuple. Notre méthode consiste à déconstruire les classiques pour les reconstruire. Déconstruire ouvre la voie à une reconstruction avec la vie et les rêves des adolescents, la « mise en vie ».

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