Misère du revenu universel

Mieux vaut augmenter et élargir les minima sociaux.

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Pour marquer son territoiresur le marché politique, le politicien fait périodiquement paraître un livre dont les slogans sont ensuite martelés dans les médias. Benoît Hamon vient pour cela de publier un plaidoyer en faveur du revenu universel, intitulé Ce qu’il faut de courage. Le revenu inconditionnel et individuel d’existence y est présenté comme la face sociale d’un programme écologique. « Salaire du bonheur », il serait la « conquête sociale du XXIe siècle », « éradiquant la pauvreté », conférant à chacun « l’autonomie » et permettant de « modifier la hiérarchie du pouvoir » dans les entreprises. La fermeture des librairies pendant le deuxième confinement a pu empêcher le lecteur allergique à Amazon de juger sur pièces. Nous nous permettons de l’avertir de la démagogie des poncifs les plus charitables véhiculés, en restant le plus concret possible.

1) Le revenu universel serait versé à tous à la naissance, sans conditions de ressources. Il serait de 300 euros avant 15 ans et ensuite fixé autour de 850 euros mensuels. On saisit mal en quoi ce revenu de misère, restant dans une fourchette inférieure au seuil de pauvreté (60 % du revenu médian, lui-même de l’ordre de 1 800 euros), permettrait de vivre décemment sans travailler. Pour véritablement éradiquer la pauvreté, mieux vaut augmenter les minima sociaux au niveau du seuil de pauvreté, les élargir aux jeunes et éviter de les verser à tous ceux qui n’en ont pas besoin ! Cela ne coûterait pas plus de 30 milliards d’euros.

2) Alors que prévaut un chômage de masse (néanmoins peu préoccupant pour ceux qui considèrent le travail comme une aliénation), le revenu universel ne donne aucun pouvoir de négociation à ceux qui travaillent, à l’instar de l’actuelle prime pour l’emploi – permettant même aux entreprises de faire pression à la baisse sur les salaires, puisque l’État paie la différence.

3) Le diable se cache dans les détails du financement de la mesure. Son coût s’élève à près de 700 milliards d’euros, alors que l’ensemble des prestations des branches de la Sécurité sociale représente déjà 470 milliards (25 % du PIB). Comme il est impossible de financer simultanément les deux « conquêtes », il faudra choisir : le revenu universel ou la Sécurité sociale. En toute logique, le revenu universel se substituerait alors aux pensions de retraite et aux allocations familiales. Il couvrirait les dépenses médicales de chacun, à l’exception des gros risques. Il serait financé par l’impôt. Les cotisations sociales liées au travail disparaîtraient progressivement, allégeant le coût du travail et accroissant les profits. Pour combler le manque à gagner pour la santé et les retraites, la porte serait alors grande ouverte aux assurances privées.

4) Quant à l’impôt envisagé, la taxation des revenus financiers et la taxe sur les robots sont convoqués. L’auteur oublie que la première existe déjà à travers la « flat tax » sur les revenus du capital, échappant désormais au barème de l’impôt sur le revenu qui les frappait auparavant. La seconde est d’autant plus aberrante pour qui souhaite atténuer la peine au travail, car la réduction du temps de travail est le corollaire séculaire, socialement organisé, des gains de productivité engendrés par le progrès technique.


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