Et tout devient tellement plus simple

Michel Guerrin ne commet pas l’idiote erreur d’attribuer d’abord cette persistance des tensions raciales aux racistes.

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Alors en fait, et comme des idiot·es : nous nous sommes inquiété·es pour rien.

Rappelons-nous : quand nous avons découvert, le 6 janvier, les images de l’assaut lancé contre le Congrès américain par des trumpistes vêtus notamment de sweat-shirts à l’effigie du camp d’extermination nazi d’Auschwitz, nous avons d’abord éprouvé un gigantesque dégoût, et une immense épouvante.

Mais il est vrai aussi que nous avions en tête que Donald J. Trump, élu président des États-Unis d’Amérique en 2016 avec le soutien (notamment) d’un chef du Ku Klux Klan, venait de passer quatre longues années à distribuer, tout au long de sa mandature, des sucreries à des suprémacistes blancs.

Au mois d’août 2017, par exemple, plusieurs milliers de ces racistes avaient défilé dans Charlottesville (Virginie) aux cris, notamment, de : « Les Juifs ne nous remplaceront pas ! » L’un de ces néonazis avait alors assassiné une contre-manifestante antifasciste. Mais Trump avait expliqué qu’il y avait « des gens bien » parmi ces fanatiques. Et dans les derniers temps de son funeste règne, il exhortait encore des forcenés d’ultradroite à se « tenir prêts ».

De sorte qu’en effet : le spectacle de l’attaque du 6 janvier, où se mesurait l’effet concret de ces incitations, nous a quelque peu apeuré·es.

Or nous avions tort de nous en offusquer. Pis : à trop nous alarmer de ce déferlement de haine fasciste, nous avons – sottement – négligé un non moins redoutable péril.

Heureusement, il y a Michel Guerrin, rédacteur en chef au Monde. Dans sa plus récente chronique (1), cet éminent commentateur s’émeut, lui aussi – et tout comme nous, donc –, de ce qu’aux États-Unis « les tensions ne baissent pas, au contraire, sur la question identitaire, les races et les genres ». Mais lui ne commet pas l’idiote erreur d’attribuer d’abord cette persistance des tensions raciales aux racistes. Il l’impute plutôt, dans cette extravagante chronique, aux « minorités » qui se révoltent, parfois vivement, contre les discriminations auxquelles elles ont été si longtemps soumises, et qui selon lui vont désormais beaucoup trop loin dans la remise en cause de « l’homme blanc hétérosexuel » – comme par exemple « la minorité noire », dont Guerrin déplore, avant de pointer « l’antisémitisme présent dans le puissant mouvement Black Lives Matter », qu’elle « a(it) désormais », depuis l’élection de Joe Biden, « des alliés au pouvoir ».

En somme – et en résumé (2) –, si des tensions raciales perdurent aux États-Unis après quatre ans de trumpisme raciste, c’est parce que les victimes historiques du racisme états-unien en font trop et sont elles-mêmes un peu racistes : il suffit de se le répéter quelques centaines de milliers de fois en gardant à l’esprit que cette élucubration a été cautionnée par les chefferies du Monde, et tout devient tellement plus simple.

(1) Parue dans l’édition datée du 23 janvier du journal du soir.

(2) Car la place m’est ici (et comme tu sais) comptée, à 3 000 signes espaces comprises, hélas, hélas, hélas.


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