Abus de « confiance »

Quand Macron a supprimé l’ISF, il ne s’est pas soucié de l’« acceptabilité » de cette mesure.

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Emmanuel Macron vient de piocher dans le sac où il serre ses farces et attrapes un nouveau « concept » : l’« acceptabilité ».

Après avoir dit, sur un mode tout trumpien, l’agacement que lui inspirent les scientifiques qui recommandent un nouveau reconfinement, le chef de l’État français a en effet décidé la semaine dernière qu’il n’allait, après en avoir délibéré avec lui-même, pas nous reconfiner – car il doutait, nous avait-on prévenu·es, que nous acceptions de bon gré une telle mesure (1).

Emmanuel Macron – mais qui s’en étonnera – nous prend donc, de nouveau, pour des imbéciles.

D’abord, il suggère que nous sommes, individuellement et collectivement, trop stupides pour acquiescer à des réclusions qui nous sont bien sûr extrêmement pesantes, mais dont nous pourrions du moins espérer – pour peu que leur nécessité nous soit honnêtement expliquée et à condition qu’elles soient accompagnées de mesures permettant d’atténuer leur terrible coût (humain, social et financier) – qu’elles nous aident efficacement à nous sortir du poisseux désastre sanitaire dans lequel nous pataugeons depuis un an.

Mais, surtout, le chef de l’État suppose que nous ne remarquerons pas qu’il ne s’était jusqu’à présent jamais soucié, lorsqu’il a pris des mesures dont le moins qui se puisse dire est qu’elles étaient impopulaires, de leur « acceptabilité ».

En 2017, par exemple, 69 % des Français·es considéraient – à très bon droit – que la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) allait accroître les inégalités. Et ils·elles étaient, deux ans plus tard, 77 % à souhaiter son rétablissement – car dans l’intervalle Emmanuel Macron l’avait bel et bien supprimé, sans aucunement se formaliser du fait que les deux tiers de ses administré·es n’acceptaient pas cette mesure.

Bien sûr, l’évocation de ce précédent n’est pas fortuite. Car lorsqu’il refuse aujourd’hui de procéder au reconfinement que préconisent les scientifiques – pour se ranger plutôt à l’avis du patronat, qui ne cesse de mettre en garde contre « l’écroulement de l’économie » qu’entraîneraient trop de restrictions –, le chef de l’État agit encore et toujours en président des riches.

Puis il fait dire par les journaux, comme s’il savait confusément qu’un tel choix l’expose au possible reproche de n’avoir pas voulu ou su nous protéger, qu’il fait « confiance » aux Français·es pour « freiner l’épidémie ».

De sorte que, si une nouvelle vague pandémique nous submerge dans les semaines qui viennent, ce ne sera pas tant parce qu’Emmanuel Macron – qui s’est par avance déchargé de cette responsabilité – n’aura pas pris à temps les décisions qui s’imposaient, que parce que nous aurons trahi la touchante confiance de ce président qui, décidément, ne doute jamais de l’acceptabilité de son arrogance et de son mépris.


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