Dossier : Inceste : Entendre et agir enfin !

Inceste : Et que le loup quitte le bois

Les livres jeunesse ont deux sortes d’armes pour s’attaquer à l’inceste : raconter une histoire et édicter des règles.

C haque soir, je mourais de terreur. Et puis j’ai trouvé un domaine où personne ne pouvait rien me faire : le dessin, la peinture (1). » S’il fallait nommer le plus libre, farfelu, drôle, prolixe, bref le plus marquant des auteurs jeunesse, beaucoup choisiraient Claude Ponti. Et tomberaient (ou sont tombés) de leur chaise en le découvrant victime d’inceste. Oui, l’inventeur des poussins, de Blaise, Tromboline, Foulbazar, et de tant d’autres, a été violé dès ses 6 ans par son grand-père, « idole de la maison » le jour et monstre incestueux la nuit. « Cela permet de comprendre que les choses ne sont jamais ce qu’elles ont l’air d’être (2). » Alors, comment dévoiler cette saloperie, qui n’a jamais l’air d’être ce qu’elle est, un tabou crime de masse foutant en l’air plus de 6 millions de mômes ? La littérature jeunesse est-elle un outil de combat ?

« Il est important de sensibiliser les enfants, rappelle Caroline Chaplain, bénévole à Face à l’inceste, mais tout ne doit pas reposer sur eux : l’enfant n’est pas là pour se protéger lui-même, c’est aux adultes de le protéger. » D’ailleurs, l’association exige une formation obligatoire pour tou·tes les professionnel·les dans le champ de l’enfance. « On a toujours tendance à se dire que le livre va résoudre ce que nous, les parents, la société, sommes incapables de résoudre, renchérit Sophie Van der Linden, première monographe de Claude Ponti, critique et auteure de livre jeunesse. Dans le cas de l’inceste, le problème de la littérature -jeunesse est : comment aborder le sujet sans le noyer dans les intentions. Par exemple, le livre référence de Dolto, Respecte mon corps, est très psy et maladroit. Je ne sais pas à qui ça parle. Enfin, si : aux adultes, et c’est peut-être le plus important. »

Il faut dire qu’adultes et enfants lisent différemment : les premiers interprètent, les seconds imaginent. « Les adultes sont gênés d’aborder le sujet de l’inceste, car nous avons déjà intégré le tabou, ajoute Caroline Chaplain. L’enfant, lui, est plus souple. Il ne faut pas avoir peur de lui en parler. » Marie Moquet, psychologue spécialiste de l’inceste à la Maison des femmes de Saint-Denis (93), partage cet avis : « De la même manière qu’on nous apprend ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, il faut parler de l’inceste. Ce devrait être un apprentissage essentiel et fondamental, comme le sont beaucoup d’autres. Il me semble que le livre propose une médiation adaptée : évidemment, il faut les bons mots et la bonne histoire. Et puis on peut imaginer que l’adulte qui va lire ce livre avec l’enfant va réagir correctement. »

© Politis

Le livre jeunesse, arme validée donc, pour les grands et les petits. Mais lequel ? Deux camps luttent contre l’inceste (et plus généralement les violences envers les enfants) : la littérature et le manuel. Les livres qui disent une histoire et ceux qui disent des règles.

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