Pourquoi tant d’oppositions au RSA jeune ?

Encore et toujours les mêmes antiennes : « Cela découragerait les jeunes d’accepter un emploi, voire d’étudier ! »

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La crise sanitaire du Covid-19, en aggravant la pauvreté et les inégalités, a mis en lumière les difficultés que connaissent les jeunes. « La jeunesse n’est qu’un mot (1) », elle constitue en effet un groupe hétérogène. Entre les étudiants, ceux qui sont en emploi et les NEET (ni en emploi ni en formation initiale ou professionnelle), leur situation diffère d’autant plus qu’ils n’ont pas la même origine socio-économique. Cependant, force est de constater que les statistiques montrent la dure réalité à laquelle doivent faire face de nombreux jeunes, dans un contexte où la période de transition entre la fin de la formation initiale et l’accès à un emploi pérenne n’a cessé d’augmenter. Plus d’un sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Alors que 22 % des actifs de moins de 25 ans sont au chômage, ceux qui sont en emploi occupent majoritairement des emplois temporaires.

Pourtant, quel que soit le statut des jeunes, les aides financières existantes sont largement insuffisantes. Seuls ceux qui sont déjà parents accèdent au filet de sécurité du RSA, tandis que le RSA jeune actif est réservé à ceux qui ont travaillé au moins deux ans sur les trois dernières années. Au total, seuls 91 000 bénéficiaires ont moins de 25 ans. Peu touchent une allocation d’assurance chômage, car celle-ci dépend de la durée de cotisation et est difficilement accessible aux jeunes sortant du système éducatif ou à ceux obligés d’effectuer des emplois de courte durée. La garantie jeunes a certes été généralisée depuis janvier 2017 dans les missions locales, mais elle ne concerne que les plus vulnérables, soit à peine 100 000 personnes, et elle n’est versée que pour une durée maximale de dix-huit mois. Pour les étudiants, un système de bourses sur critères sociaux existe, mais il est largement insuffisant. Seuls 37,5 % des étudiants en bénéficient, mais, si on exclut l’échelon 0 (sur sept), le taux de boursiers tombe à 18 %. Si on ne tient compte que des trois échelons qui offrent une bourse supérieure à 450 euros, seuls 8 % des étudiants en sont bénéficiaires.

Pourquoi la France fait-elle quasi-exception lorsqu’elle exclut les jeunes de 18 à 25 ans du RSA ? Pourquoi les jeunes ne seraient-ils pas « aptes » à percevoir un minimum social ? Pourquoi laisser tant de jeunes sans filet de sécurité financière ? Nous retrouvons encore une fois dans les débats les mêmes antiennes : « Cela découragerait les jeunes d’accepter un emploi, voire d’effectuer des études ! » Le RSA jeune n’est peut-être pas la seule solution – certes, une allocation d’autonomie (d’études et d’insertion) serait plus émancipatrice ; certes, ce dont les jeunes ont également besoin, ce sont des emplois stables, et l’État peut largement contribuer à en créer en répondant à des besoins sociaux et écologiques insatisfaits –, mais c’est la solution la plus rapide et la plus efficace dans un contexte où les jeunes n’en peuvent plus d’attendre qu’on pense à eux.

(1) Entretien avec Pierre Bourdieu paru dans Les Jeunes et le premier emploi, éditions Association des âges (1978), réédité dans Questions de sociologie, Pierre Bourdieu, Minuit (1980).

par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.


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