Aglaé Bory : Paysages de l’exil

Entre intime et universel, Aglaé Bory apporte un regard sur les demandeurs d’asile au Havre. Subtil et sans misérabilisme.

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L’immensité d’une mer traversée par une frêle embarcation qu’on aperçoit à peine ; un homme adossé à un mur, qui semble abattu, dans une espèce d’attente, de faux espoirs peut-être ; une valise vide, repliée sur elle-même, en quête d’ailleurs ; un autre homme, de dos, face à l’horizon infini et incertain, un autre encore dans son costume traditionnel ; une mère, un père et leur enfant ; un ferry en partance. Et toujours et encore ces gens écrasés par l’immensité d’un ciel, d’une mer. Des regards inquiets qui cherchent une issue, la voie, des visages dans l’intranquillité, un peu paumés, minés par le doute, des yeux perdus, des corps défaits, en bataille. Autant de protagonistes, de personnages anonymes touchant à l’universel, de sujets saisis à la volée ou bien qui posent devant l’objectif d’Aglaé Bory.

Odyssées. Au pluriel. Tel est le titre de ce travail documentaire de la photographe, qui a reçu pour l’occasion le prix Caritas de la photo sociale, créé en 2020 à l’initiative du Secours catholique et tourné vers la pauvreté et la précarité. Minimaliste, sans misérabilisme, et chargé de poésie, un travail articulé autour de centres d’hébergement au Havre, qui impose une incarnation sur des chiffres. « Montrer ce que l’on ne voit pas, mettre en lumière l’invisible », commentent, devant ces images, Véronique Fayet, présidente du Réseau Caritas France, et Emmanuel Fagnou, coordinateur de l’association.

À l’origine de ce travail documentaire – qui attend la réouverture de la galerie agnès b., à Paris (1), après avoir été exposé sur le parvis de la gare de Lyon –, Aglaé Bory répond à l’invitation d’un festival de littérature qui se tient dans les murs de la cité havraise, et dont la thématique porte sur le voyage. La photographie s’adossant à la littérature. Ou inversement. Installée dans une ville tournée vers la mer, Aglaé Bory choisit l’angle de l’exil et travaille en résidence durant plusieurs mois auprès de demandeurs d’asile, mais aussi de personnes régularisées, toutes volontaires pour participer à ce projet. « Tout en parcourant la ville, en certains lieux, selon leur choix, il s’agissait d’abord de regarder ces gens, confie la photographe. Il fallait trouver la juste distance, ou la distance juste, pour les photographier, avec un regard narcissisant, dans le bon sens du terme. C’est-à-dire qu’on a besoin du regard des autres pour exister. A fortiori quand l’attente est longue pour valider un statut, obtenir une régularisation, se confronter à une mise en doute de la parole, à une enquête, un interrogatoire, à une remise en question des besoins, des nécessités. C’est blessant, ça meurtrit. Ce sont des personnes abîmées, qui ne sont pas forcément bien accueillies. Il s’agissait donc de les faire exister, et de les associer à un paysage qui reste leur espace de liberté. »

Née en 1978, grandie dans un univers artistique, avec un père ancien des Beaux-Arts, professeur d’arts appliqués, Aglaé Bory n’en est pas à son premier travail documentaire photographique. Lequel objet répond, depuis l’adolescence, à la quête « d’un espace de création. Avec la photo, il y a cette force évocatrice de l’image, avec cette tension entre la durée et l’instant ». Sujets marquants : une série d’autoportraits avec sa fille, à voir comme un manifeste féministe, le rapport mère-fille et son poids de responsabilités, d’obligations, une autre sur la jungle de Calais, première approche sur l’exil, ou encore, et récemment, un travail sur la Gacilly et ses horizons, en Bretagne, qui sera exposé lors du prochain festival breton, au début de l’été. Avec la même charge poétique.

Odyssées, Aglaé Bory, éd. Réseau Caritas. Pour plus d’infos : www.aglaebory.com

(1) Galerie du Jour agnès b., La Fab., place Jean-Michel Basquiat, Paris XIIIe.


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