Covid : Une obstination coupable

Alors qu’Emmanuel Macron est en train de perdre son pari d’éviter un reconfinement, les soignants lancent un cri d’alarme et l’attention se concentre sur les écoles aux prises avec le variant anglais.

Et maintenant, la troisième vague ! Un an après notre entrée dans cette pandémie inédite et après tant de chemin parcouru depuis la sidération des premiers jours, nous revoici donc quasiment au même point, avec des courbes qui virent au rouge et des chiffres qui s’affolent. Mais au-delà des chiffres, parfois incompréhensibles, il y a des malades et des soignants qui poussent un cri d’alarme. En région Hauts-de-France, la tension hospitalière atteint désormais 150 %. C’est-à-dire qu’une seule maladie ou presque occupe plus de lits qu’il n’y en avait avant la crise sanitaire pour soigner le tout-venant. En Île-de-France, ce chiffre est de 130 %, 120 % en région Paca. Et les malades continuent d’affluer un peu plus nombreux chaque jour.

Avec près de 5 000 personnes en réanimation en France au 29 mars (+10 % en sept jours), le pic de la deuxième vague est déjà dépassé sans que les mesures annoncées le 25 mars par Jean Castex et Olivier Véran soient de nature à endiguer le tsunami actuel. Et le taux de décès, de plus de 30 % en réanimation, met le moral des soignants à rude épreuve. Le tout après déjà plusieurs mois sur le pont, on comprend le désarroi des personnels hospitaliers devant l’inaction du gouvernement.

Car cette catastrophe était annoncée, et tout le monde pour ainsi dire l’a vue venir, depuis le déconfinement de décembre en passant par le long plateau de janvier-février jusqu’à la prise de pouvoir, début mars, du dit « variant anglais » (B117) sur la souche originelle, exactement comme le prédisaient les modèles -épidémiologiques fondés sur des tendances déjà à l’œuvre mi-janvier (1). Plus contagieux d’environ 40 %, B117 se jouait depuis de longues semaines, derrière une courbe apparemment stable, des mesures sanitaires déjà en application, tandis que la souche précédente régressait. C’est précisément ce qui inquiète par-dessus tout les soignants : B117 est plus difficile à contrôler, et la population est exténuée par des mois d’efforts dont elle ne perçoit plus les bénéfices.

Les mois de février et mars ont vu s’égrener les tribunes de soignants, d’experts en santé publique et même d’économistes, toutes appelant à une réaction forte pour éviter cette troisième vague meurtrière, voire une stratégie « zéro Covid ». Mais, en France, c’est l’attentisme qui a prévalu du côté de l’exécutif. Loin de la « guerre » déclarée en mars 2020 au nouveau coronavirus, c’est un funeste « pari » qu’a lancé Emmanuel Macron le 29 janvier. Un revirement de stratégie qu’on peut dater de décembre, quand le second confinement a été levé sans que l’objectif initial de 5 000 nouvelles contaminations par jour soit atteint, preuve que le retour au business as usual était plus important aux yeux du Président que la maîtrise de l’épidémie.

L’esprit tendu vers 2022, le président a sans doute jugé que ne rien faire de plus était la meilleure option.

Sans craindre le ridicule, la Macronie a multiplié les sorties dans la presse pour louer la clairvoyance du chef. « Il va finir épidémiologiste », commentait déjà un ministre auprès de France Inter, le 10 février. « Il lit tout ce qui sort de scientifique sur le sujet », s’extasiait Richard Ferrand dans Le Parisien, le 23 février. Et « dans la langue de Shakespeare », s’il vous plaît ! « Un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie », ajoutait-il. « Macron s’est tellement intéressé au Covid qu’il peut -challenger les scientifiques, poser la question qui les déstabilise », renchérissait un ministre dans le même article. Dans le même temps, cette fine équipe n’avait pas de mots assez durs contre les scientifiques qui alertaient depuis un mois déjà et leurs modèles. « Si on avait écouté tous les “Cassandre”, on serait en train de travailler avec nos enfants sur les genoux depuis trois semaines. » « Les chiffres lui donnent raison. Le confinement, c’eût été la solution de facilité, la mesure de confort (2). »

Mais est-on certain que notre nouvel « épidémiologiste » en chef a bien compris ses lectures scientifiques ?

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